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Quand
la concurrence • Les plates-formes de vocation de l'ANPE Cette méthode
de recrutement utilisée à Lille sera ensuite appliquée
à Roubaix. La «plate-forme de vocation» du quartier
de Moulins a été inaugurée par l'ANPE en octobre,
au premier étage d'une ancienne filature en brique rouge. Elle
a pour objectif de «valoriser» auprès des jeunes non
qualifiés les métiers «en tension». En clair,
ceux pour lesquels il y a plus d'offres d'emploi que de demande : hôtellerie,
restauration, bâtiment, nettoyage. Le Nord-Pas-de-Calais compte
cinq plates-formes de vocation, à Lille, Calais, Liévin,
Roubaix et Valenciennes. Ce n'est pas le seul changement dans le service public de l'emploi. Le gouvernement a décidé de faire de Lille, de Rouen, de la région Rhône-Alpes le terrain d'expérimentation de la «privatisation» du «marché de l'accompagnement des chômeurs». Menées depuis février dernier, les évaluations sont encore en cours. Avec un taux de chômage de 13,4%, dont 12,2% pour le seul bassin de Lille, la région paie au prix fort la disparition de son tissu industriel. Près de 60% des offres d'emploi viennent aujourd'hui des services, du commerce de détail, de la santé et de l'action sociale. «La proportion d'établissements projetant de recruter est plus faible que pour la France entière, 18,7% contre 22,8%», note l'Assedic du Nord-Pas-de-Calais. • Le «job café» d'Ingeus Au début de l'année, un appel d'offres a donc été lancé pour une expérience pilote de 24 mois visant à remettre en selle les demandeurs d'emploi présentant un «risque aigu de chômage de longue durée». L'australien Ingeus l'a emporté à Lille. Adecco, Altedia, Etap'Carrière ont décroché des missions similaires ailleurs en France. Son objectif est simple. Il doit, au rythme d'un accompagnement de dix mois maximum, reclasser 6 000 personnes préalablement sélectionnées par l'Assedic à Lille et à Rouen en deux ans. Au cinquième
étage d'un immeuble arrondi, à dix minutes à pied
de la gare de Lille-Europe, les locaux d'Ingeus ressemblent à la
proue d'un bateau dont la coque serait une baie vitrée. Murs blancs,
moquette bleue, plantes vertes, écrans plats, tout s'ordonne impeccablement
sur 800 mètres carrés. A côté de l'espace de
travail où 24 conseillers reçoivent leurs «clients»
une fois par semaine, une «salle de ressources» met à
la disposition des stagiaires une quinzaine d'ordinateurs, des téléphones,
des journaux, une photocopieuse, une revue de presse. On y vient quand
on veut. «On l'appelle le job café pour que les gens se l'approprient»,
explique Annick Chautard, responsable du site. • L'Assedic et ses «clients» Pour Karim Khetib,
directeur de l'Assedic des pays du Nord, l'arrivée d'Ingeus a toutefois
le mérite de faire changer les habitudes : «Cela nous a permis
de travailler différemment.» Il le fallait. L'antenne Assedic de Lomme, la plus importante de Lille, s'est ainsi complètement réorganisée. Elle accueille désormais les demandeurs d'emplois sur rendez-vous et ses 18 conseillers disposent de bureaux privés pour les entretiens. Deux bornes Internet – bientôt quatre – sont à la disposition des demandeurs d'emploi au rez-de-chaussée. «Le débat n'est pas celui d'Ingeus, c'est celui de l'accompagnement personnalisé. Avant, on donnait une aspirine à tout le monde, aujourd'hui, on doit adapter la prescription au demandeur d'emploi», résume Denis Cavillon, directeur adjoint, responsable du réseau clients. Réseau clients ! L'expression fait sourire, mais, ajoute-t-il : «Le chômeur croit toujours pouvoir s'en sortir seul et c'est au huitième mois qu'il se rend compte que personne ne l'attend.» L'Unedic (qui regroupe les Assedic) et l'ANPE, qui va recruter 4 500 agents supplémentaires, vont en outre rapprocher leurs actions, leurs sites et leurs outils informatiques, comme le prévoit une nouvelle convention en cours de négociation. L'ANPE devra recevoir dès le 1er janvier 2006 chaque chômeur au moins une fois par mois. Dans le Nord-Pas-de-Calais, où 250 postes doivent être créés, 8 000 candidats se sont présentés au concours. Gaëtan Lermusieaux, diplômé de l'école de commerce du Havre, qui dirige l'agence ANPE de Lille-Bleuets, est convaincu que la situation va changer très vite. «Les conseillers auront chacun leurs clients et les agences vont pouvoir se spécialiser par métiers». Lui aussi pense que la collaboration avec des entreprises privées est bénéfique. «Elles nous apprennent à faire de l'accompagnement ciblé, du coaching. Nous leur apportons nos relations privilégiées avec les entreprises.» • Concurrence et contrôle renforcé Pour le moment, en
effet, Ingeus et les autres «puisent dans le vivier que nous leur
proposons. Ils n'ont pas de fonds de commerce et cherchent à en
créer un», souligne Denis Cavillon. «Nous n'avons pas
d'équipe commerciale, reconnaît Annick Chautard, mais nous
travaillons en partenariat avec certaines entreprises de la région.
Elles sont aussi en relation avec l'ANPE. Après, c'est au plus
réactif de jouer. Et là, nous avons l'avantage du privé»,
assure la patronne d'Ingeus Lille ! L'agence ANPE des Bleuets ne compte
pas rester les bras croisés. «L'équipe doit récolter
3 200 nouvelles offres d'emploi cette année et démarcher
950 entreprises. Chaque conseiller fera 10 visites par mois et aura un
objectif de résultat», avertit Gaëtan Lermusieaux. • Des agences d'intérim très motivées Reste que le renforcement des contrôles semble avoir un impact direct sur les sociétés de travail temporaire qui, dans le cadre de la loi de cohésion sociale de janvier 2005, sont autorisées à faire du placement en contrat à durée indéterminée. «Cette activité de recrutement double pratiquement de mois en mois», estime François Roux, délégué général du Syndicat des entreprises de travail temporaire (SETT). Il y voit un réel avenir pour la profession, à l'image de ce qui se fait en Angleterre. «Chez nous, si quelqu'un veut vraiment un job, il le trouve. La concurrence aidant, il n'a que le choix entre les agences», ajoute l'un des adhérents du SETT. Arnaud
Rodier |