Pourquoi privatiser et mettre en concurrence la SNCF ?


Les premières gelées hivernales n'auront pas refroidi les ardeurs grévistes des fonctionnaires de la SNCF et de la RATP. Les grandes parades rouges sont devenues une banalité, une sorte de rituel social tellement coutumier que c'est leur absence qui interpellerait les Français. Ces conflits font penser à ces scenarii de films qui, présentant toujours la même trame, ne surprennent plus personne : mêmes revendications, mêmes issues. Défense du service public, de l'emploi, et des salaires d'un côté et, de l'autre, un déliement des cordons de la bourse étatique afin d'acheter la paix sociale.

Le nombre tout à fait anormal de ces conflits, leur coût - aussi bien pour le contribuable que pour les grévistes non payés - et l'aspect pénalisant pour tous ceux qui souhaitent pouvoir se rendre au travail, dans les écoles, les hôpitaux ou plus simplement en vacances doit nous amener à repenser l'organisation de la SNCF. Le combat à mener est rude pour nos politiciens car ils rencontreront la fureur des conservateurs refusant d'ôter leurs oeillères et de voir en face un monde qui évolue à contre-courant de leur pensée et de leurs acquis. A l'heure où les syndicats dénoncent la « privatisation rampante », rares seront ceux qui oseront prendre le contre-pied de ces organisations professionnelles pour réclamer sans complexe une privatisation rapide et salvatrice de la SNCF ainsi que l'ouverture des transports ferrés à la concurrence. Loin de reposer sur une réaction épidermique aux grèves, cette proposition s'assied sur des raisons d'ordre social, économique et moral.

Une privatisation rendrait la SNCF indépendante du pire des gestionnaires qu'est l'Etat et responsabiliserait par là même la direction et les employés en cas de conflit : la direction, sous la pression des actionnaires en quête de rentabilité, ne pourrait laisser pourrir des situations de désaccord et devrait entamer dès que nécessaire des discussions afin de prévenir ou de limiter la durée de ces coûteux conflits. De l'autre, les salariés auraient tout intérêt à ne pas s'arc-bouter sur des positions indéfendables et mettant en danger la continuité d'exploitation de l'entreprise ou plus simplement ses capacités à augmenter les salaires ou à développer l'emploi en son sein. Seule la responsabilisation de la direction comme des syndicats peut amener à une amélioration du dialogue social. De l'autre, les clients de la SNCF verraient le nombre de conflits diminuer et pourraient envisager le choix du transport ferroviaire plus sereinement. Nous brisons ici le premier tabou : la privatisation a pour support intellectuel une raison d'ordre social !

La privatisation se justifie également pour des raisons d'ordre économique : nombreux sont ceux qui décrient les mauvaises pratiques de gestion de la SNCF. Des trains quasiment vides aux errances de la comptabilité analytique, c'est un sentiment d'abandon de gestion qui s'offre à nous. En privatisant, des actionnaires deviennent - proportionnellement à leur investissement - propriétaires de la SNCF. Or, la création de la propriété est à la source d'une meilleure gestion et d'une meilleure attention portées au bien dont on est justement propriétaire. Aristote nous le rappelait déjà en son temps : « ce qui appartient à tout un chacun est le plus négligé, car tout individu prend le plus grand soin de ce qui lui appartient en propre ». En d'autres termes, la pression économique des actionnaires engendrera une meilleure gestion au service du contribuable comme de l'usager.


Enfin, la privatisation se justifie par des raisons d'ordre moral : la transport ferroviaire est aujourd'hui financé par des contribuables qui ne voyagent pas nécessairement en train. Nous pensons que le principe utilisateur / payeur est le seul principe qui soit moralement juste. On nous rétorquera alors que le financement actuel a pour fondement le principe de « solidarité » - les plus aisés venant en aide aux plus démunis - et que la recherche de la rentabilité amènera à la suppression de certaines lignes, au détriment de l'aménagement du territoire. Ces raisonnements sont de courte vue. En effet, une société privatisée doit satisfaire un maximum de citoyens pour atteindre ses objectifs de rentabilité ; cette satisfaction maximisée engendra un accroissement certain de l'utilisation des transports ferroviaires, abaissant ainsi le point mort et permettant donc de diminuer les prix. Le transport devient alors accessible aux personnes à moindre revenu comme l'est aujourd'hui devenu le téléphone. Le service public n'est d'ailleurs pas gage de bas prix : il suffit de consulter le tarif d'un simple aller et retour Paris / Lyon pour le constater. Enfin, pour ce qui est des suppressions de ligne, on peut penser qu'effectivement certaines lignes très peu utilisées seront supprimées. Cependant, le besoin des quelques personnes qui utilisaient ces services pourra être satisfait par des services alternatifs que le secteur privé mettra en place dès qu'il percevra la demande. Un service de bus privé entre deux petites villes qui étaient auparavant desservies par un train dont les coûts structurels étaient démesurés par rapport au service rendu pourra par exemple répondre de manière plus adaptée et plus juste au besoin local. Ces services ne se développent pas aujourd'hui car le financement par le contribuable créé une distorsion du marché. N'y a-t-il pas là quelque chose d'immoral à empêcher des individus, par la taxe arbitraire de contribuables impuissants, de développer un commerce adapté à un besoin ?

La privatisation de la SNCF ne peut néanmoins pas faire l'économie de sa mise en concurrence. A quoi sert-il de réformer la SNCF si l'on en reste à un monopole, fût-il privé ? La mise en concurrence se justifie également au nom de principes moraux. Au nom de quoi interdirait-on un concurrent d'entrer sur le marché ? Au nom de quoi priverait-on les citoyens de leur liberté de choix ? La concurrence est une nécessité urgente car elle est le moteur du service au public : elle est la seule à créer une émulation des sociétés afin qu'elles servent au mieux et à moindre coût leurs clients. Sans concurrence, aucune incitation à mettre en place les efforts nécessaires afin que le service au public soit le meilleur possible.

D'un point de vue économique, la concurrence accélèrera la baisse des prix amorcée par la privatisation. Les clients recherchant à qualité égale un coût moindre, les entreprises réaliseront des économies structurelles afin de développer au mieux leur fonds de commerce. Or, une diminution des coûts pour les usagers, associée à un retrait du contribuable, conduit à une augmentation salvatrice du pouvoir d'achat en ces périodes de revendication salariale ! Par ailleurs, des transports ferroviaires plus adaptés, moins coûteux, plus à l'heure, moins en grève et assurés par de multiples compagnies auront pour effet non accessoire d'augmenter les droits de passage que RFF facture. Les contribuables, comme les autorités Bruxelloises, ne seront pas insensibles à une telle évolution.

Enfin, l'augmentation du trafic aura également pour conséquence le désengorgement des routes et la diminution des transports plus polluants, qu'ils soient automobiles ou aériens. La privatisation et la concurrence ne peuvent donc faire que des gagnants : les clients, les contribuables, les employés et l'environnement !

Ce discours choquera certainement plus d'un énarque, mais il à l'avantage d'être dans le sens de l'Histoire. Le service au public ne s'obtiendra ni par le statu quo ni par une « privatisation rampante » mais bien par une privatisation galopante avec mise en concurrence !

Christophe Maillard, le 20 novembre 2005