La Lettre du 26 janvier 2007

Un bol d’air frais
Le patronat s'engage dans la campagne. Et il se pose la bonne question : celle de la croissance et la compétivité.

Ouf ! En s’engageant dans le débat de l’élection présidentielle et en publiant son livre blanc intitulé «Besoin d’air», le Medef vient heureusement rappeler aux candidats l’impératif de croissance et de création de richesses. Certes, venant du patronat cela n’a rien d’original, mais au moment où nous nous inquiétons de voir cet objectif de croissance oublié et mis de côté par le discours politique (voir Le Figaro et la lettre) ce rappel au bon sens est le bienvenu.
Le diagnostic est lucide : «Nous soutenons que le développement économique apporte la solution à bien des problèmes sociaux. Les Français pensent trop souvent l’inverse, ils restent prisonniers de raisonnements archaïques» ; «Il y a une corrélation directe entre les rigidités dont souffrent les entreprises d’un pays et son taux de chômage.» Le remède est le bon : «La vraie solution est d’augmenter la richesse de tous» ; «Il est temps d’admettre que l’entreprise est la seule source de création de richesses».

Nombre de préconisations rejoignent les nôtres :

- 35 heures : Le Medef propose de supprimer la notion même de durée légale du travail en laissant aux partenaires sociaux le soin de la fixer «branche par branche, entreprise par entreprises». Il se montre plus que réservé sur «la rustine» de la détaxation des heures supplémentaires proposée par N. Sarkozy et F.Bayrou

- SMIC : Les revalorisations politiques artificielles du SMIC perturbent le marché du travail, le Medef propose comme le font les libéraux depuis longtemps- que le SMIC national soit fixé par une commission indépendante sur des critères fixes et objectifs en laissant bien entendu la possibilité de rajouter des salaires minimums supérieurs

- Retraites : Le Medef propose une réforme d’ensemble, l’instauration d’un régime par points et le développement de vrais fonds de pension.

- Droit du travail : Le problème clé de notre droit du travail est assurément la lourdeur, la longueur, la complexité des contentieux juridiques liés à la rupture des contrats de travail sans compter l’épreuve que ce contentieux peut représenter pour les dirigeants des PME. Nous avions déjà remarqué qu’il était paradoxalement parfois plus facile en France de divorcer que de licencier et qu’il était nécessaire de faire évoluer notre droit du travail comme nous avons su faire évoluer celui du divorce. Laurence Parisot reprend cette image et propose d’introduire dans notre droit, une possibilité de séparation amiable.
Voila qui est plus souple et plus réaliste que le chimérique CTU (voir la lettre), voilà qui est plus juste et plus sûr juridiquement que le licenciement sans motif (sorte de répudiation !) du feu CPE ou du CNE (dont Nicolas Sarkozy dit vouloir s’inspirer pour réaliser sa promesse de contrat unique).

Au-delà de ce satisfecit, il n’en reste pas moins que quelques autres propositions du Medef restent des plus discutables.

- Laurence Parisot remarque très justement que «pour que les charges diminuent, une seule solution : que l’Etat cesse d’être obèse». C’est fort bien vu, mais la méthode suggérée pour faire maigrir l’Etat est loin d’être la bonne.
Il suffirait, à suivre le Medef, de suivre l’exemple des entreprises, de se fixer des objectifs comme par exemple un niveau de qualité de soins, de modéliser une solution en se demandant quels personnels et en quel nombre permettraient d’atteindre le but. C’est oublier que l’Etat n’est pas une entreprise, que ses activités échappent à la concurrence, au marché et aux signaux des prix. C’est croire qu’il est possible de gérer de façon plus efficace et plus économe une activité monopolistique Si cela était vrai, la Perestroïka aurait été un succès et l’Union soviétique serait encore debout!

Cela ne veut pas dire qu’il n’existe pas de meilleure façon de gérer l’Etat, mais cela signifie que dans un secteur comme justement celui de la santé, le problème n’est pas de faire "des économies", mais de le repenser de fond en comble pour construire "une économie". En effet, la santé est aujourd’hui un système hyper-administré où les signaux des prix ne fonctionnent pas – on n’a affaire qu’à des tarifs – et où la concurrence entre assureurs ne joue pas. La solution n’est pas dans une gestion administrative plus intelligente mais dans l’introduction d’une concurrence régulée entre offreurs d'assurances et de soins. (voir dossier santé)

- Le patronat affirme aussi que la «clé de la compétitivité, c’est le coût du travail» et qu’il est nécessaire de baisser les charges qui pèsent sur les entreprises. Et de répéter dans tous les journaux, ce même exemple : «Pour un salaire brut de 100 ; le salarié français reçoit un salaire net de 80 et l’entreprise paie 145. Pour le même salaire, l’entreprise anglaise paie 120, l’entreprise allemande : 130». En fait, les charges patronales n’existent pas. Elles constituent avec les cotisations payées par les salariés une assurance globale obligatoire que l’on a longtemps appelé le salaire différé. (D’ailleurs, le Medef propose justement la fusion des cotisations employeurs et salariés.) La seule comparaison internationale qui vaille, ce n’est pas celle des charges payées par les entreprises, c’est le coût du travail global. Et si le coût du travail total est certes trop élevé en France, il n’est guère différent des deux exemples cités : l’Allemagne et la Grande-Bretagne (source OCDE)
Comme l’a noté le rapport du sénateur Marini sur la «Concurrence fiscale», les pays qui comme le France «ont les charges sociales les plus lourdes, ont le plus souvent des salaires nets relativement faibles de sorte que le coût du travail n’y est pas spécialement plus élevé que dans les pays où les charges sociales sont plus faibles». Au surplus, la productivité du travail est excellente en France.
Dans la nouvelle économie, celle de la connaissance et de la créativité on se trompe sans doute de direction en faisant du coût du travail la clé de notre compétitivité. Certes, pour les gros bataillons du Medef, dans les secteurs à faible ou moyenne valeur ajoutée, soumis à la concurrence internationale, où la main d'oeuvre reste importante, le coût du travail reste une question lancinante. Mais suggérer comme le fait le Medef, qu’une partie des charges payées par les entreprises devraient être transférées sur le budget de l’Etat voire sur la très tendance "TVA sociale" c’est ignorer qu’un tel transfert – sauf à diminuer le pouvoir d’achat des Français - retombe toujours «in fine» sur la production

Plus que jamais la croissance
"Pauvre France! Les polémiques sur la vie chère ou sur la frontière séparant les plus riches des classes moyennes témoignent d’un sentiment d’appauvrissement qui est le reflet bien naturel d’une croissance amollie. (...) La plupart des problèmes auxquels la France est confrontée ne pourront être résolus sans accélération de la croissance"
Lire l'article d'Alain Madelin dans le Figaro

Les idées des candidats au banc d'essai
Emploi, pouvoir d'achat, dépenses publiques, enseignement supérieur, fiscalité écologique, euro, délocalisations... le magazine Enjeux-Les échos passe au crible les propositions des candidats. Une leçon d’économie et de bon sens à lire et faire lire.


90 jours
Dans sa chronique des Echos, François Ewald, désespère du "neo-rousseauisme" qui domine le débat politique "tant qu'on n'aura pas expliqué comment la France et les Français peuvent tirer avantage de la mondialisation. Il reste quatre-vingt-dix jours pour trouver la solution de l'équation."
Lire l'article

La chimère du contrat de travail unique
Comme nous l’avons toujours souligné, le contrat de travail unique est une fausse bonne idée. C’est aussi l’avis de Charlotte Duda, Présidente de l‘Association nationale des directeurs et cadres de la fonction personnel (ANDCP) dans la Tribune: «Très vite, nous nous sommes rendu compte que le Contrat Unique rencontrait des difficultés majeures d’application tant les situations des entreprises sont différentes les unes des autres.»

Promesses des candidats, chateaux en espagne !
Dans Enjeux- les Echos, l’éditorialiste Jean-Marc Vittori analyse : «La croissance est passée d’un rythme annuel moyen de 3,4% dans les années 70 à 2,6% dans les années 80, 2% dans les années 90 et 1,6% depuis le début du siècle. Aujourd’hui, elle peine à accélérer au-delà de 2% dans une conjoncture mondiale exceptionnellement favorable.(...) A court terme la croissance sera trop molle pour bâtir des châteaux ailleurs qu’en Espagne. D’où viendra donc l’argent qui permettra de financer les beaux projets de nos politiques ?»

Propos de bon sens
"Davantage de sécurité, ce sera aussi moins de libéralisme économique. Plus de protection contre la mondialisation, davantage de nation. Et cela quelle que soit la couleur politique du vainqueur. Les discours des deux candidats les plus cotés, pourvu qu’on les comprenne comme des révélateurs de l‘état d’esprit collectif, signent le prochain repli de la nation." François Lenglet dans Enjeux-Les Echos

"A quoi rime un système qui consiste à atténuer, par la multiplication des exonérations et des allègements (fiscaux, ndlr), les effets négatifs d’une législation antiéconomique ?" Paul Fabra dans Les Echos

"L’emploi, contrairement au pain, ne se partage pas : il se multiplie par le travail. L’accès à l’emploi se fait dorénavant sur le mode de la file d’attente, comme dans tout système de pénurie organisée. La France consacre pourtant plus de dépenses que ses voisins aux dispositifs d’aide à l’emploi des jeunes. Mais ces mesures ne seront jamais que des palliatifs si le droit du travail n’est pas réformé. (...) Ce n’est pas la mondialisation qui aggrave à ce point les dualismes de notre société, ce sont nos propres idées reçues." Raymond Barre et Pierre Messmer dans le Figaro

"En France, le phénomène le plus alarmant est le sentiment anticapitaliste. Les sondages révèlent qu'une majorité de Français ont une opinion négative du capitalisme, alors même que c'est ce système qui fait d'eux des citoyens fabuleusement riches à l'échelle du monde. (...) Ni la généralisation massive de la richesse, ni la chute du mur de Berlin, n'ont enclenché une démarxisation des esprits." Timothy Smith, professeur d'Histoire canadien

"Quand je constate que, au plus haut niveau de l’Etat, on parle de la résurrection de la préférence communautaire, j’ose dire qu’on trompe le peuple." Jean François-Poncet

Ségolène et le Quebec
Bruno Pineau-Valencienne du Cercle libéral québecois n’a pu s’empêcher de réagir à la dernière "bourde" de Ségolène Royal sur le Quebec
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Signes des temps
Le Point publie
une fort intéressant hors série
qui regroupe
quelques textes fondateurs
du libéralisme
(dommage qu'une part plus importante
n'ait été accordée aux auteurs français)

Liberté économique : La France au 45e rang
«Mauvaise nouvelle pour tous ceux qui redoutent le libéralisme économique : non seulement la tendance vers une plus grande liberté économique dans le monde s’est maintenue l’année dernière mais aussi comme conséquence, le revenu des personnes pauvres sur toute la planète augmente» écrit le Wall Street Journal en commentant «l’indice de la liberté économique» en 2007 calculé conjointement avec l'Heritage Fondation. Mauvaise nouvelle aussi pour la France qui se trouve reléguée au 45e rang.
«Les pays économiquement libres jouissent d’une prospérité plus grande que ceux entravés par un pesant interventionnisme gouvernemental» conclut l'étude.



(les augmentations de salaires venant compenser par exemple la hausse des prix). Dans la compétition internationale, notre avantage comparatif ne peut être trouvé dans la diminution de nos coûts salariaux mais dans l’amélioration d’une offre compétitive qui repose sur le talent et la créativité de celles et ceux qui inventent les nouveaux métiers, les nouveaux produits, les nouveaux design, les nouveaux services, les nouvelles formes de commercialisation.

Quoiqu'il en soit le Medef a bien raison quand il lance «que les candidats disent aux Français comment créer plus de richesses et de pouvoir d’achat.» On attend leur réponse avec impatience.

Alain Madelin

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