la
France
vit au-dessous
de ses moyens'
Pauvre France!
Les polémiques sur la vie chère ou sur la frontière
séparant les plus riches des classes moyennes témoignent
d’un sentiment d’appauvrissement qui est le reflet bien naturel
d’une croissance amollie.
Derrière le débat des chiffres, il y a la réalité
d’une France à sa pauvreté persistante, très
largement « smicardisée » qui voit la population assistée
s’accroître avec, pour le plus grand nombre, les épreuves
des fins de mois difficiles qui tranchent avec le spectacle de l’argent
facile de quelques-uns.
La plupart des problèmes auxquels la France est confrontée
ne pourront être résolus sans accélération
de la croissance.
Or, s’il est sûr que l’Etat vit au-dessus des moyens
des Français, la France vit au-dessous de ses moyens. Elle ne participe
pas à la nouvelle richesse du monde à la mesure de ses talents
et de ses capacités.
L’impératif de croissance, l’exigence même d’une
hypercroissance, se devrait d’être l’enjeu essentiel
de la campagne présidentielle. C’est loin hélas, d’être
le cas.
Dans la société créative, dans la nouvelle économie
mondiale celle du savoir numérique, la croissance se nourrit plus
que jamais de la confiance dans l’économie de marché,
le libre-échange et les libertés économiques. Cette
confiance, les Français semblent l’avoir perdue et il est
bien dommage que la pédagogie des libertés économiques
et des solutions de marché soit absente de l’offre politique.
A gauche, il est sûr que les propositions du Parti Socialiste -
dans l’attente de celles de Ségolène Royal - relèvent
d’une autre époque. Elles ne pourraient que freiner un peu
plus la croissance si elles devaient être mises en oeuvre.
A droite, même si certaines propositions fiscales montrent que l’on
y comprend mieux le rôle des créateurs de richesse, on ne
trouve pas encore un ensemble de propositions articulées et cohérentes
susceptibles de créer une dynamique de croissance. Il est d’ailleurs
révélateur que le mot « croissance » n’apparaisse
pas dans le programme de l’UMP, là où en revanche
les mesures protectionnistes sont légion.
Si la croissance ne se décrète pas, elle se libère,
au travers de trois politiques essentielles
1 – D’abord une réforme fiscale ambitieuse.
Il serait sage d’abandonner les projets de manipulations fiscales
hasardeuses avancés ici ou là, qui proposent de transférer
nos charges sociales sur une TVA « sociale » ou un impôt
sur la pollution en s’avisant que taxer la pollution c’est,
de fait, faire payer l’automobiliste ; que taxer les importations,
c’est faire payer les consommateurs. La réforme fiscale aujourd’hui
utile, c’est celle qui permettra de doper la croissance.
Si le travail de tous contribue à la richesse d’un pays,
la croissance se décide à la marge. Elle repose sur les
créateurs de valeur ajoutée, sur les hommes les plus innovants,
ceux dont la fonction est de penser à la mise au point, à
la commercialisation des produits, des services, des métiers de
demain. Or aujourd’hui, il est évident qu’une taxation
marginale proche des deux tiers invite à mettre le pied sur le
frein quand une taxation à 33% inciterait à accélérer.
En ce sens, le « bouclier fiscal » abaissé à
50% et élargi à la CSG et la CRDS que propose Nicolas Sarkozy
va dans la bonne direction. Mais nous sommes loin encore du compte et
il nous faudrait avoir l’ambition d’une réforme plus
forte, plus claire et plus franche.
L’architecture de cette réforme est connue. Elle fait même
l’objet d’un relatif consensus entre économistes de
droite et de gauche : suppression d’une grande part de nos 400 niches
fiscales au profit d’une forte diminution de l’impôt
sur le revenu et de son taux marginal ; intégration de la CSG comme
première tranche d’impôt proportionnel payé
par tous les Français ; retenue à la source ; instauration
d’un revenu familial garanti à la place de la prime pour
l’emploi. A cette réforme s’ajouterait une refonte
de la fiscalité de l’épargne pour résoudre
les doubles et les triples taxations et en finir ave les absurdités
de l’ISF d’aujourd’hui.
Miracle de l’économie, sachant que les « hauts taux
tuent les totaux », une telle réforme - les expériences
étrangères l’ont montré, n’entraîne
pas une diminution des recettes publiques mais au contraire l’augmentation
de celles-ci grâce à la croissance supplémentaire
qu’elle génère. C‘est d’ailleurs pourquoi
il ne faut pas attendre le retour de la croissance pour diminuer les impôts
comme on le dit si souvent, mais bien diminuer l’impôt pour
doper la croissance.
2 – L’ouverture à la concurrence de nos secteurs protégés
ensuite. Elargir la sphère de la concurrence, c’est élargir
la part de l’économie marchande dans notre société,
favoriser les initiatives entrepreneuriales, augmenter la productivité
et donc la croissance. C’est aussi le moyen de réduire le
périmètre de l’Etat en ouvrant à l’initiative
privée l’exercice de missions d’intérêt
général, dites de « service public ». Nos universités,
nos infrastructures, notre assurance maladie et de nombreuses missions
de l’Etat pourraient ainsi être déléguées.
3 – La libération du marché du travail, enfin. Notre
droit du travail conçu pour la civilisation de l’usine est
inadapté à l’économie d’aujourd’hui,
aux nouvelles aspirations, aux nouvelles formes de travail et d’emploi.
Pour être efficace, le marché du travail a besoin d’une
souplesse contractuelle (et non d’un chimérique contrat de
travail unique) dans le cadre, bien entendu, d’un socle fixant les
garanties d’ordre public et les règles de négociation
équilibrée des contrats. Il a besoin aussi de ne pas voir
les signaux des prix perturbés par des interventions artificielles
de l’Etat comme les coups de pouce politiques au SMIC (Un SMIC annuel
de base devrait être fixé par une autorité indépendante
et complété par des minimas professionnels négociés)
ou les exonérations de charges dont les effets de seuil conduisent
à une « smicardisation » de la société,
(elles devraient être converties en franchise de charges, sur les
300 ou 400 premiers euros de salaire).
En tirant vers le haut la croissance, l’emploi et le pouvoir d’achat,
en donnant à l’Etat le moyen d’exercer ses vraies missions,
une telle politique économique serait aussi assurément la
plus « sociale ». Une croissance de 3,5 % par an permet de
doubler le pouvoir d’achat en vingt ans. Aucune politique étatiste
ne peut prétendre au même bénéfice.
Alain
Madelin,
Le Figaro 20 janvier 2007
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