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Le principe de précaution :
l'imposture dirigiste
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Le principe de précaution
:
l'imposture dirigiste
Je remercie tous les participants du Séminaire
pour leurs remarques et, en particulier, le Professeur Pascal Salin, le
Professeur Daniel Pilisi et François Guillaumat.
Quelques citations préliminaires en relation avec les mots "principe
de précaution" pour éclairer mon propos:
"Les mots ont d'autant plus de pouvoir qu'ils ne sont pas définis.
Ce qui est défini scientifiquement n'a pas de pouvoir sur l'opinion"
Henri Guitton, 1979 (1) .
"Plus souvent, [le sophisme] se comprime, il se resserre,
il se fait principe, et se cache tout entier dans un mot".
Frédéric Bastiat, 1845, 4, p.115
"On ne saurait
croire combien un mot bien choisi peut économiser de pensée,
comme disait Mach"
Henri Poincaré, 1908, p.31
"Les lois générales qui règlent
la marche des choses se nomment des principes,
du moment qu'il s'agit de leur application ;
c'est-à-dire du moment qu'on s'en sert
pour juger les circonstances qui s'offrent, et
pour servir de règle à ses actions.
La connaissance des principes donne seule cette marche assurée
qui se dirige constamment et avec succès vers un bon but."
Jean-Baptiste Say, 1826, p.16 (2)
"… qu'est ce que l'ensemble de nos lois,
sinon une série de précautions contre les dangereuses tendances
du cœur humain ?
[…] Si vous vouliez effacer de nos symboles, de nos chartes et de
nos codes
tout ce qu'y a déposé ce que vous appelez le soupçon,
et que j'appelle la prudence,
vous rendriez la tâche des légistes bien facile,
mais le sort des hommes bien précaire"
Frédéric Bastiat à M. Larnac, I, p.482, 1846
Selon Gérard Bramoullé (novembre 2000, conférence
à l'Institut Euro 92), la source du principe de précaution
est à rechercher dans Hans Jonasz, ses travaux en philosophie (3)
et son influence sur les hommes politiques, en particulier en France.
Selon Henri Lepage (février et avril 2001) (4)
, le principe de précaution est l'étape ultime franchie
jusqu'à présent par le processus de dénaturation
de la responsabilité personnelle, un processus qui a été
mis en œuvre à partir de la fin du XIXè siècle
avec, d'abord, la réglementation de la responsabilité en
matière d'accidents du travail.
Selon Geneviève Viney et Philippe Kourilsky, auteurs
d'un rapport sur le sujet (octobre 1999) remis au Premier Ministre d'alors
(Lionel Jospin) :
"Comme l'a écrit, à juste titre, un auteur (5) , les
juristes "utilisent immodérément et sans précision
aucune le terme "principe"... Ainsi l'emploie-t-on indifféremment
pour désigner des normes non juridiques ou des règles juridiques
obligatoires". Appliqué à la "précaution",
ce mot "principe" laisse donc planer une grande incertitude
sur la portée reconnue à la notion étudiée.
Est-ce une véritable règle de droit ayant une valeur normative
propre et autonome ? Si la réponse est affirmative, quel en est
le contenu ?"
Et nos rapporteurs de conclure entre autres :
"le contenu du principe est affecté d'une particulière
imprécision qui tient à la variété des conceptions
qui ont été présentées […] le principe
de précaution est entre les mains du législateur, de l'autorité
réglementaire et du juge qui peuvent, à notre avis, en faire
la meilleure ou la pire des choses : la meilleure, s'ils parviennent à
mettre en place des mesures améliorant réellement la sécurité
des citoyens, tout en évitant l'écueil d'une démission
générale devant toute prise de risque ; la pire s'ils le
transforment en un carcan excluant toute souplesse et décourageant
les initiatives nécessaires à l'innovation et au progrès".
Je considère, pour ma part, que le principe de
précaution (5) est le nom donné à une réglementation
de plus de l'action humaine et, tout simplement si on peut dire, à
la réglementation de la liberté d'action de l'être
humain en France.
La réglementation est certes originale. Elle a
pour première originalité de prendre en considération
l'ignorance limitée dans laquelle agit toute personne, comme si
cette ignorance était une matière bien cernée, définie,
objective, un ensemble de risques, d'événements, d'éventualités,
de chances que le législateur connaîtrait et pourrait traiter
de la meilleure façon. Si on écoute ses thuriféraires,
l'application du principe de précaution ne vise-t-elle pas à
soustraire des personnes à des risques de perte ou à parer
à des éventualités qui conduiraient celles-ci à
devoir faire face à des dépenses inopinées insoutenables
?
La seconde originalité est que la réglementation
porte sur l'action humaine avant même que la personne l'entreprenne
: tout se passe comme si elle devait la "traiter dans l'œuf".
A cause de la nouvelle réglementation et à défaut
d'avoir l'interdiction formelle de mener l'action qu'elle désire
mener, la personne aura désormais l'obligation de concevoir l'action
qu'elle désire mener dans tous ses aspects. Elle devra surtout
la situer non pas dans le monde d'ignorance limitée qui lui est
propre, mais en définitive dans le monde auquel le législateur
entend que le principe de précaution donne lieu et à quoi
il présidera. Si l'action s'y situe, c'est bien, la personne pourra
la mener. Si elle ne s'y situe pas, ce n'est pas bien, mais au lieu de
dire que le législateur interdit de la mener, on dit qu'il "applique
le principe de précaution". Pour la personne, l'effet est
le même, elle ne peut pas la mener … en restant dans la légalité.
Le summum de l'hypocrisie est atteint.
Mais la double originalité ne doit pas cacher que
le principe de précaution est une supercherie au moins double,
une supercherie de vocabulaire et une supercherie intellectuelle. Peu
importe la supercherie de vocabulaire qui consiste à dénommer
"principe de précaution" (7) une nouvelle réglementation
car elle est sans intérêt particulier bien qu'elle en constitue
peut-être le zénith imaginable. Les supercheries de vocabulaire
dans le domaine réglementaire sont nombreuses depuis celle de l'utilité
publique (qui permet de limiter le droit de propriété) jusqu'à
celle de la justice sociale (qui permet d'augmenter toujours plus la fiscalité)
en passant par celle de l'intérêt général ou
de la sécurité (qui permet de déresponsabiliser et
donne lieu à sécurité sociale, sécurité
alimentaire, sécurité routière, sécurité
sanitaire, etc). La supercherie en relation avec le principe de précaution
ne fait que s'ajouter à cette liste déjà longue.
Très intéressante au contraire est la supercherie intellectuelle
: le texte qui suit vise à décrire en quoi elle consiste.
En résumé, les hérauts (de l'application) du prétendu
principe de précaution se référent désormais
à un monde d'incertitude, et non plus de certitude, et font valoir
des dangers en relation avec cette même incertitude pour réduire
la liberté d'action de la personne au nom de la liberté
! Bien évidemment, la liberté qu'ils agitent n'est pas celle
qui va de pair avec la propriété et la responsabilité
de tout être humain, qu'ils ignorent ou cherchent à détruire
par tous les moyens, mais davantage celle de l'esclave que le maître
n'affranchit pas, pour son bien, parce que lui, le maître, sait
! Quant à l'incertitude qui leur sert de base, c'est une incertitude
déterministe déduite de la certitude et non pas une incertitude
indéterministe déduite d'une ignorance limitée réduite.
Comme on va essayer de le montrer schématiquement
ci-dessous, la supercherie intellectuelle résulte du double fait
que certains "non libéraux" ont changé de modèle
économique de référence, mais pas de philosophie
(section 1), et qu'ils croient avoir trouvé dans l'ensemble obtenu
le moyen de concilier les deux (section 2).
1. Le nouveau modèle économique de référence
de certains dirigistes.
Les partisans de l'application du principe de précaution
semblent avoir abandonné le modèle de l'équilibre
économique général caractérisé par
l'hypothèse de la certitude pour adopter un modèle voisin
caractérisé par l'hypothèse de l'incertitude déterministe.
Et ils font végéter le modèle de la théorie
de l'optimum qu'ils obtiennent en conséquence en y instillant le
mythe de la qualité objective des marchandises.
1.A. La théorie de l'optimum en incertitude.
Dans les décennies 1940-50, les économistes de l'équilibre
économique général (en abrégé E.E.G.)
ont enfin pris en compte que les acteurs économiques n'étaient
pas omniscients et agissaient en fonction de leur incertitude. Et ils
ont introduits dans le modèle de la théorie de l'E.E.G.
l'hypothèse de l'incertitude en élargissant, selon eux,
l'hypothèse de la certitude.
Mais l'incertitude qu'ils considèrent est déterministe,
quand ils ne parlent pas du "risque" comme d'un phénomène
objectif, extérieur aux personnes et qui s'imposerait à
elles. Par incertitude et selon eux, il faut entendre que la nature, l'environnement,
source de l'incertitude, a, en nombre connu des individus – de ceux
qui réglementent -, des états possibles auxquels ceux-ci
attribuent des probabilités. Il est exclu que la nature réalise
un état auquel les individus n'auront pas pensé et n'auront
pas attribué une probabilité.
Pour sa part, K.J. Arrow (8) a complété
dans la décennie 1960 la démarche en introduisant des artifices
du type "hasard moral", "sélection adverse",
ou celui de la norme idéelle de l'équilibre concurrentiel
en incertitude. Plus récemment (1978) (9) , il a expliqué
- si on peut s'exprimer ainsi - que l'information pouvait être néfaste,
que sa croissance pouvait réduire l'efficacité du marché
(10) ! Cela certes après Hirshleifer (1971), mais avant Laffont
(1985) (11) qui prend soin de faire remarquer que, pour un statisticien
bayésien, une amélioration de l'information est toujours
bénéfique (12) .
Prise dans son ensemble, la démarche suivie ne
doit pas surprendre. Elle n'est pas originale. Au début du XXè
siècle, les théoriciens de l'E.E.G. avaient déjà
déformé et dénaturé la théorie première
de l'E.E.G. En sortant de leur chapeau une hypothèse d'optimum
qu'ils attribuaient volontiers à Vilfredo Pareto, ils l'avaient
transformée en "théorie de l'optimum" (13) .
Mais l'intérêt de la démarche saute
aux yeux si on a en ligne de mire les dirigistes dans l'âme de l'époque,
"hommes de science" ou "hommes d'action". Grâce
à cette démarche qui distingue équilibre et optimum
économiques, ils ont pu imaginer des moyens soi-disant à
la disposition de la puissance publique et faire croire que leur emploi
permettrait que l'état de l'économie soit l'optimum. Et
ils n'ont pas manqué d'imagination. Il y a eu par exemple le Plan,
la planification, L'économie du contrôle pour reprendre le
titre d'un livre de Abba Lerner (1944), livre contre lequel Milton Friedman
(14) n'a pas de mots assez durs étant donné les propositions
de Lerner du type :
"The fundamental point of the controlled economy is that it denies
both collectivism and private enterprise as principles for the organization
of society, but recognizes both of them as perfectly legitimate means.
Its fundamental principle of organization is that in any particular instance
the means that serves society best should be one that prevails" (Lerner,
p.5) (15) .
Mais, tout cela conduisit à des échecs,
à la démonstration par les faits de l'absurdité de
la démarche.
Etant donné le point où ils étaient
parvenus, il leur a fallu trouvé une position à la fois
de repli et de rebond. Et certains (au nombre desquels Arrow) ont vraisemblablement
pensé l'avoir trouvée en abandonnant l'hypothèse
de la certitude dans le modèle de l'optimum, en la remplaçant
par l'hypothèse de l'incertitude déterministe et en en tirant
des conséquences.(16)
Avec le prétendu principe de précaution,
nous assistons aujourd'hui à la montée en épingle
de l'une de ces conséquences. Le "principe de précaution"
n'est que la dénomination donnée à une "nouvelle
régulation", à une réglementation de l'organisation
de la société sans relation avec les règles de droit
(propriété, responsabilité et échange-contrat).
Implicitement, son application doit permettre à la société
d'atteindre l'optimum en incertitude!
1.B. Incertitude et qualité objectives.
La démarche qui a consisté à biaiser les hypothèses
parétiennes, puis finalement à les compléter par
l'hypothèse de l'incertitude déterministe pour renflouer
le dirigisme échoué n'aurait pas été finalement
trop lourde d'effets si la théorie de l'E.E.G. avait été
le point de départ unique. Mais la théorie de l'E.E.G. n'est
pas l'alpha et l'oméga de la science économique, elle n'est
jamais qu'une théorie parmi d'autres.
En fait, la démarche suivie par nos non libéraux a un autre
point de départ, à savoir l'oxymore de la qualité
objective de la marchandise. Et cet autre point de départ va tendre
à renforcer l'autre, et réciproquement.
a) L'oxymore de la "qualité objective"
de la marchandise.
L'oxymore tient dans l'hypothèse qu'il existerait une qualité
objective de la marchandise. Qu'est-ce qu'une marchandise ? Une "marchandise"
n'est jamais qu'une chose possédée en propriété
et responsabilité par quelqu'un et échangeable par le processus
de marché (17) .
Qu'est-ce que la qualité objective d'une marchandise ? Si on adopte
le point de vue de K. Marx, la qualité d'une marchandise est aussi
objective que sa quantité :
"Chaque chose utile peut être considérée sous
un double point de vue, celui de la qualité et celui de la quantité.
Chacune est un ensemble de propriétés et peut par conséquent
être utile par différents côtés. Découvrir
ces côtés divers et en même temps les divers usages
des choses est l'œuvre de l'histoire." (Marx, op.cit., p.41)
Pour ma part, je dirai que la "qualité objective"
d'une chose n'existe pas, c'est un oxymore. L'oxymore résulte d'une
insuffisance (non reconnue par ceux qui y font référence)
de définition de (l'identité de) la chose, d'une sorte d'ignorance
non reconnue par les mêmes à son propos ou, tout simplement,
d'une négligence du théoricien.
Mais ce peuvent être aussi des préoccupations d'un autre
ordre (par exemple, une démarche statistique). En effet, sous prétexte
qu'on ne distingue pas au départ d'un classement statistique un
chat d'un chien, on a beau jeu de les mettre dans une même classe
statistique puis de dire, parce que les tests statistiques vont l'exiger,
que le chat est d'une certaine qualité et que le chien est d'une
autre qualité (inférieure ou supérieure), que le
chat est la bonne qualité et le chien la mauvaise qualité
(ou l'inverse). Et, ainsi, la prétendue qualité objective
acquiert droit de cité.
On ne peut que s'étonner que, comme pour anéantir un certain
matérialisme, Pareto (18) ait réglé son compte à
l'utilité objective en adoptant la notion d'ophélimité,
mais qu'il se soit gardé de faire de même pour la prétendue
qualité objective des choses. Pareto en arrive à écrire
à l'occasion que :
"Si les socialistes de la chaire trouvent que, quand on ne peut pas
faire la dépense nécessaire pour acheter des objets de première
qualité, il vaut mieux s'en passer que d'en acheter à bon
marché, de qualité médiocre, personne ne les empêche
d'être heureux en suivant cette règle de conduite, mais s'ils
prétendent l'imposer à des gens qui ont des goûts
différents, il est certain que le bien-être de ceux-ci sera
diminué" (Pareto, 1897, § 811, p.164)
Pourtant, la notion de qualité repose sur la même
confusion entretenue que la notion d'utilité. Pareto a mis le doigt
sur l'une et pas sur l'autre, il faut s'en étonner. La personne
qui apprécie une chose, qui l'évalue, lui donne une valeur
marginale, ou mieux, si on préfère le mot, une qualité.
Il ne devrait rien y avoir à ajouter. Malheureusement, au lieu
de dire que la personne lui donne une valeur marginale, une qualité,
on dit, par métonymie, que la chose est de qualité ! Et
il n'y a plus qu'un pas à franchir pour affirmer que tous les gens
l'apprécient et pour passer à la prétendue "qualité
objective". Et il est franchi et le sort de la "qualité
objective" d'une chose, fût-elle une marchandise, se voit scellé.
b) L'hypothèse de l'"asymétrie d'information".
La démarche qui a consisté à compléter les
hypothèses de Pareto, une fois biaisées, par l'hypothèse
de l'incertitude déterministe pour faire survivre le dirigisme
échoué et la démarche qui colporte l'oxymore de la
qualité objective de la marchandise se confortent l'une l'autre.
Le déterminisme de l'incertitude en hypothèse de la première
rejoint l'objectivité de la qualité en hypothèse
de l'autre grâce au trait d'union de l'hypothèse de l'asymétrie
d'information, de l'information asymétrique.
En effet, la façon avec laquelle certains auteurs traitent de l'incertitude
n'est pas sans rappeler la façon avec laquelle eux ou d'autres
traitent de la qualité, ils la veulent objective. En finance aujourd'hui,
le trait est significatif : l'expression "fuite vers la qualité"
vise à caractériser le passage par un individu de la possession
d'instruments financiers nécessairement risqués (par exemple,
les actions d'une firme de statut juridique "société
anonyme") à celle d'instruments prétendument certains,
sans risque (par exemple, les "emprunts d'Etat") ! Et à
partir de là, ils font des arabesques sur le couple "incertitude-qualité",
ce qui les amène à se forger les notions d'"asymétrie
d'information", de "sélection adverse", de "hasard
moral".
De fait, en 1970, un disciple des théoriciens de
l'optimum en incertitude a enfoncé le clou du lien de l'incertitude
objective et de la qualité objective, c'est Akerlof. Dans son modèle
de l'effet de la qualité incertaine des biens sur le marché
(en l'espèce, le marché en question est le marché
des automobiles d'occasion), il fait intervenir l'"asymétrie
d'information", l'information asymétrique des opérateurs
(19) .
Et son modèle va faire florès (20) .
On soulignera en passant qu'à défaut de
condamner l'oxymore "qualité objective", certains (par
exemple Gérard Debreu (21)) prennent soin de supposer dans le cadre
de la théorie de l'E.E.G. elle-même qu'une marchandise de
deux qualités différentes n'est rien d'autre que deux marchandises
différentes (22) . La "qualité incertaine" apparaît
alors comme un anti concept.
L'article d'Akerlof tend aussi à harmoniser un
certain nombre d'artifices introduits antérieurement par Arrow
dans la théorie économique. Akerlof y considère,
entre autres, que son modèle retrouve en partie la loi de Gresham
à propos des "mauvaises monnaies qui chasseraient les bonnes".
Il prend aussi position pour le système d'assurance maladie américain
"medicare" en avançant que son modèle démontre
un avantage méconnu du système.
Remarque : novembre 2001
Les Américains George A. Akerlof, A Michael Spence
et Joseph E Stiglitz ont reçu conjointement le Prix Nobel d'économie
le 11 octobre dernier. L'Académie royale de Suède a voulu
récompenser les travaux "sur les marchés avec asymétrie
d'information", qui permettent d'envisager comment certains agents
détiennent plus d'information que d'autres, et les conséquence
de cette situation. Ce concept est souvent utilisé en économie
de la santé, que ce soit pour modéliser la relation entre
assurance et patient, entre médecin et patient…
Les asymétries d'information
Les travaux primés ont été réalisés
dans les années 1970. Ils partent de l'étude des relations
bilatérales, qui constituent le fondement de la vie économique,
et rompent en cela avec la théorie de l'"équilibre
général" qui prédominait jusque là. Plus
réalistes, les concepts ont pu être appliqués à
de nombreux secteurs.
La littérature sur les asymétries d'information part de
la situation où un offreur bénéficie d'une information
privilégiée, ce qui peut rendre la transaction impossible.
En effet, les acheteurs, incertains sur la qualité du produit,
ne désirent s'engager que sur des prix faibles, auxquels les vendeurs
offrant des produits de bonne qualité ne veulent pas répondre.
Ce problème peut par exemple concerner les voitures d'occasion.
La réflexion sur les asymétries d'information et les contrats
consiste à trouver les clauses contractuelles permettant de conclure
des transactions dans un tel contexte. Par exemple, pour rassurer les
acheteurs, il peut être possible pour les offreurs de signaler de
façon crédible les caractéristiques de leur offre.
En matière d'assurance, un autre type de solution est valable :
les offreurs de contrats, ignorant le risque réel présenté
par les demandeurs, peuvent leur offrir une gamme de contrats qui les
incite à "révéler" leurs caractéristiques
(leur risque) selon les choix qu'ils feront. Le principe est de construire
des contrats combinant des niveaux différents de prime et de franchise
afin de conduire les individus à se classer en fonction de leur
risque.
Mais dans de nombreux cas, il n'est pas possible de définir les
termes d'un contrat qui réponde au problème de "sélection
adverse" (non visibilité sur les caractéristiques de
l'offre, sur sa qualité) et qui rende l'échange possible.
La théorie montre alors le rôle des organisations et des
intermédiaires. Un donneur d'ordre ou un intermédiaire acquiert
l'information et contrôle le comportement d'un ou plusieurs agents
pour rendre les transactions possibles. Dans ce cadre, les développements
théoriques ont notamment porté sur le comportement et la
régulation des institutions financières.
Dans une certaine mesure, un "pont" a pu être établi
avec la macro économie qui étudie les grands agrégats
(consommation, chômage…), les asymétries donnant des
"fondements micro économiques" à la macro économie.
Dans cette perspective, les déséquilibres macro économiques
ne sont pas le résultat d'obstacles au libre fonctionnement du
marché, mais la conséquence d'un ensemble d'actions micro
économiques marquées par les asymétries d'information.
Ainsi, la théorie du "salaire d'efficience" explique
que l'incapacité à contrôler la contribution des salariés
incite à fixer leur rémunération au-dessus du niveau
d'équilibre (pour attirer des salariés performants, ou pour
motiver les salariés qui sont reconnaissants ou qui ont peur de
perdre un emploi bien payé), ce qui engendre le sous emploi.
L’asymétrie d’information
(D'après Christian Bialès)
La théorie des contrats suppose que les cocontractants (qu’on
limitera à deux pour simplifier) disposent des mêmes informations.
L’information est immédiatement disponible, sans délai
ni coûts de recherche pour l’obtenir.
En fait, les individus amenés à co-contracter ne sont jamais
en situation d’équilibre informationnel. Il y a toujours
un agent qui détient plus d’information que l’autre.
Il y a asymétrie d’information.
Cette question fondamentale irrigue tous les champs théoriques
(économie de la finance, de l’assurance…).
Par exemple, dans le contrat d’assurance, l’assuré
connaît mieux sa situation personnelle que l’assureur ; dans
un contrat de prêt, l’emprunteur connaît mieux sa situation
réelle que le prêteur.
Le risque, pour l’assureur (ou plus généralement pour
tout individu ou institution amenée à proposer un contrat),
le risque est double : le premier risque est celui de l'antisélection
(appelée aussi "sélection défavorable",
de l'anglais "adverse selection") ; le second risque est un
risque " ex-post " (ultérieur à la signature du
contrat) et réside dans le fait qu’un agent ayant signé
est difficile à contrôler. Le risque est qu’il ne se
comporte pas comme il est souhaité (cas du salarié recruté
qui se révèle être, selon l’expression consacrée
par l’usage, être un " tire au flan "). Ce risque
est celui de du risque moral (aussi appelé " aléa de
moralité ", de l'anglais "moral hazard").
Les coûts d’agence (théorie de "
l’Agence ")
Pour inciter l’agent qui contracte à révéler
sa véritable situation et pour le dissuader ultérieurement
de se dédire, le principal (on appelle ainsi de manière
générique celui qui propose le contrat, c’est le mandataire
dans un contrat de mandat ; ou l’employeur dans un contrat de travail)
va engager des stratégies coûteuses. Ces coûts sont
appelés des coûts d’agence (théorie dite de
l’Agence).
Ce qui fait, qu’en réalité, la transaction n’est
pas sans coût. Il y a des coûts de transaction.
c). Le test économétrique de l'hypothèse
de l'"asymétrie d'information" n'est pas satisfait.
Il n'en reste pas moins qu'en 1999, John Cawley et Tomas Philipson (23)
ont publié, dans un article de l'American Economic Review, les
résultats de leur test économétrique de deux conséquences
hypothétiques qu'on peut tirer de l'hypothèse de l'information
asymétrique.
Au terme de l'une, les personnes qui pensent courir des "grands risques"
seraient prêtes à acheter beaucoup d'assurance tandis que
les personnes à "petit risque" seraient prêtes
à acheter peu d'assurance (c'est l'hypothèse de la "sélection
adverse").
Au terme de l'autre, les assureurs qui ne sont pas en mesure de faire
la différence entre petit risque et grand risque (à cause
de l'information asymétrique dont ils disposent) seraient prêts
à demander des primes d'assurance en moyenne plus élevées
que celles qu'ils devraient proposer pour des raisons techniques : en
profiteraient les personnes à haut risque, au détriment
des personnes à bas risques.
A quoi Cawley et Philipson sont-ils parvenus ?
Leur test économétrique indique qu'en matière d'assurance-maladie,
au fur et à mesure que les personnes achètent de l'assurance,
elles paient un prix unitaire de plus en plus faible (contrairement à
ce qu'explique et prévoit le modèle théorique).
Le test fait aussi apparaître que les personnes à faible
risque achètent plus d'assurance que les personnes à haut
risque (à l'opposé de l'hypothèse de la sélection
adverse).
Bref, le test économétrique n'a pas vérifié
des conséquences que nos économistes tirent de l'hypothèse
de l'asymétrie de l'information. Pour une fois, l'économétrie
n'est pas venue rationalisée a posteriori l'hypothèse théorique.
Les économistes qui ont toujours refusé
l'hypothèse de l'asymétrie d'information diront que cela
n'est pas surprenant, même s'ils sont très réservés
à l'égard des enseignements à tirer des tests économétriques.
Ses thuriféraires refusent ou ne peuvent pas concevoir qu'ils soient,
chacun, ignorants partiellement de leur environnement dans une proportion
qu'ils ne peuvent connaître (24) . Ils méconnaissent qu'ils
sont, certes chacun à sa façon, incertains sur celui-ci
et que leurs incertitudes respectives ont des points communs, mais aussi
leur spécificité. En particulier, ils croient ou feignent
de croire qu'ils franchissent une étape, en déduisant du
monde de la certitude qu'ils imaginaient en théorie encore hier,
le monde de l'incertitude qu'ils imaginent désormais aujourd'hui
et font reposer sur des lois de probabilité mathématique.
Mais ils devraient reconnaître qu'ils ne bougent pas d'un iota.
L'incertitude ne saurait être déduite, avec rigueur scientifique,
de la certitude, mais seulement de la réduction de l'ignorance
limitée que chacun ressent ou dont il prend conscience à
la suite de certaines actions.
2. Le néomatérialisme : la prétendue économie
de la sécurité.
"Le maintien de l'ordre et de la sécurité étant
le plus pressant besoin des sociétés,
les spoliateurs s'en sont servis et s'en servent couramment
comme de prétexte pour assurer le succès de leurs opérations"
Vilfredo, Pareto, §1065
Mais l'année 1970, il y a eu aussi un rapport sur
la sécurité des produits qui est sorti aux Etats-Unis. La
National Commission on Product Safety en est l'auteur.
Le rapport est voisin dans son esprit de l'article d'Akerlof
puisqu'il considère des produits d'une sécurité plus
ou moins grande et non plus des biens d'une qualité incertaine.
La sécurité d'un produit n'est jamais qu'une façon
particulière de particulariser sa qualité. Le produit sûr,
sans risque, est un produit de qualité A. Il est à comparer
aux autres produits de qualité Bj (j=1,2, …N) plus ou moins
risqués, à risques plus ou moins grands (25) .
De fait, l'esprit commun de l'article et du rapport traduit un matérialisme
beaucoup plus insidieux que celui des siècles passés (depuis
Démocrite) puisqu'il amène à s'intéresser
aux choses oh combien immatérielles que sont les espérances
morales de perte que les personnes, chacune à sa façon,
peuvent se former. Mais, parce qu'il tend aussi à réifier
ces espérances morales pour en faire des "risques de perte"
et à faire oublier ainsi leur caractère fondamentalement
subjectif, il définit en vérité un nouveau matérialisme.
2.A. Molinari, le monopole, le communisme et la production de sécurité
On remarquera en passant que l'esprit de la démarche n'est pas
sans rappeler, pour des raisons diamétralement opposées,
Gustave de Molinari (1849) qui s'intéressait alors à la
production de cette "denrée immatérielle" qu'est
la sécurité et que se réservent les gouvernements:
"… comment il se fait que tous les gouvernements connus soient
soumis à la loi du monopole ou
organisés en vertu du principe communiste"
Gustave de Molinari, 1849, p.281
2.B. La destruction systématique de la responsabilité de
la personne depuis 1898.
Que dit le rapport de la NCPS ?
Selon Oï (1973) (26) :
"The report of the NCPS stated that the American public is being
exposed to many unreasonably hazardous products." (Oï, 1973,
p.3)
"The atomistic consumer is pitted against a seller who is cast in
the role of a powerful and impersonal adversary. He may be forced to consume
excessively dangerous products, and he is often unable to buy insurance
protection against these product risks at rates near the actuarial odds.
These circumstances appear to make the product safety problem similar
to that analyzed by Arrow [1963] in his article on 'Uncertainty and the
Welfare Economics of Medical Care'."(ibid. p.23)
Et le rapport s'est penché sur la question de la
responsabilité des coûts d'un accident. Selon les rédacteurs,
le consommateur ne devrait pas supporter les coûts d'un accident
en relation avec un produit défectueux, elle devrait passer du
consommateur au producteur.
"Further, the post-accident remedies to compensate victims of product-related
accidents are inadequate and encourage the continued production of unsafe
products.
It is believed that a shift in the assignment of liability for accident
costs from consumers to sellers would discourage sales of the more hazardous
product grades thereby reducing the frequency and severity of home accidents."
(ibid., p.3)
Mais le rapport a aussi conclu sur l'insuffisance de l'idée
de la responsabilité des coûts d'un accident dans un contexte
de laissez faire. Et il propose des remèdes.
"With respect to product safety, the NCPS report flatly rejects the
option of laissez-faire.
The Commission proposes a combination of the first two options [(1) the
occupation can be licensed, non -qualified entrants being simply excluded
(2) the state or other agency can certify or label, without compulsory
exclusion] "(ibid. p.24)
"The nation presently incurs a substantial cost as the result of
product-related accidents. Some of the accidents are undoubtly caused
by unreasonably hazardous products. The Commission concluded that the
post-accident remedies available to consumers in the form of compensation
for damages were judged to be inadequate and encouraged manufacturers
to continue the production and sale of unsafe products." (ibid. p.26)
Autre conclusion du rapport, il faut que le gouvernement
intervienne et fournisse de la sécurité en excluant du marché
les produits "raisonnablement trop risqués" :
"It was further concluded that competitive market forces, better
product information, and industry self-regulation would fail to provide
consumers with "enough safety".[…]
the stronger policy recommended by the NPCS would establish direct government
controls that could exclude 'unreasonably hazardous products' from the
market. The goal of accident toward product safety should not be the minimization
of accident costs." (ibid. pp.26-7)
Seulement, comme le souligne Oï, l'analyse économique n'établit
pas le bien fondé de la thèse du marché incapable
de fournir des produits suffisamment sûrs et de l'efficacité
des contrôles gouvernementaux pour exclure du marché les
produits trop risqués. Se référant en particulier
à ce qu'a pu écrire K.J. Arrow sur la question, Oï
constate que :
"In order to see if similar conclusions can be extended to the product
safety problem, it is instructive briefly to review Arrow's model. Arrow
constructs the norm of an ideal competitive equilibrium under uncertainty.
In this ideal world, the marginal cost of information is zero and transactions
are costless. Risk averse individuals maximize their expected utilities
by demanding full insurance coverage against all conceivable risks.
In a sense, Arrow has independently reestablished the Coase theorem :
namely, with zero information and transaction costs, market forces will
lead to an optimal allocation of resources. But information is costly
and imperfect, and consumers cannot turn to insurance carriers for all
imaginable risks. The moral hazard, administrative costs, and inadequate
third-party controls over payment of benefits and costs are some of the
reasons identified by Arrow to explain why insurance markets have not
been developed for all risks.
With respect to medical care, he seems to believe that a nonmarket agency
could greatly reduce these insurance costs, and by achieving widespread
coverage through compulsion, the agency could eliminate these uncertainty
costs, thereby putting risk averse consumers in a preferred position.
[…]
Calabresi [1970] offers several reasons supporting the thesis that private
insurance markets typically achieve less than some optimal level"
(Oï, op.cit., p. 24)
Il va s'ensuivre une littérature économique sur la sécurité
des produits, des actifs, etc., sur les produits à risques, les
actifs à risques, etc., sur les industries à risques, les
comportements à risques, sur les défaillances des marchés
de l'assurance et surtout sur les mesures que la puissance publique devrait
édicter pour y faire face. C'est l'économie de la sécurité.
La vague a touché la France il y a maintenant quelques années
et elle a conduit en particulier au prétendu principe de précaution.
3. Conclusion.
Il y a plus d'un siècle Pareto (1896-7) donnait
comme réponse à ceux qui condamnaient la liberté
de production sur la base de prétendus effets néfastes sur
la qualité des marchandises qui lui étaient imputés
:
"Quelques économistes - G. Schönberg - se plaignent de
ce que la liberté de production a pour effet la mauvaise qualité
des marchandises, et ils s'imaginent que, sous ce rapport, l'industrie
moderne est très inférieure à l'industrie ancienne.
L'étude des faits est loin de confirmer ces conclusions" (Pareto,
§. 811, p.164)
Et Pareto de conclure aussi l'une des réponses
qu'il donnait à ceux qui jugeaient aussi de la liberté de
consommation par un emploi de son propre "critère" en
ces termes :
"Si les socialistes de la chaire trouvent que, quand on ne peut pas
faire la dépense nécessaire pour acheter des objets de première
qualité, il vaut mieux s'en passer que d'en acheter à bon
marché, de qualité médiocre, personne ne les empêche
d'être heureux en suivant cette règle de conduite, mais s'ils
prétendent l'imposer à des gens qui ont des goûts
différents, il est certain que le bien-être de ceux-ci sera
diminué".(ibid.) (27)
Aujourd'hui, ce n'est plus la liberté de production ou la liberté
de consommation de chacun qui est ouvertement remise en question sur la
base de ses prétendus effets à attendre avec incertitude
sur la qualité. C'est sa liberté d'action en général,
i.e. sa liberté, en vertu de l'application du prétendu principe
de précaution. Comble de la manœuvre, la prétendue
incertitude - déterministe - où chacun se trouverait et
que le législateur tend à faire porter sur la qualité/risque
des choses qui s'offrent à lui ou sur celle des actions qu'il mène
: cette incertitude menacerait sa propre liberté si rien n'est
fait comme le calcul de coût le montrerait !
A défaut de proclamer ouvertement vouloir restreindre
la liberté d'action de la personne à cause des prétendus
effets détestables que celle-ci aurait (et comme leurs prédécesseurs
affirmaient hier vouloir le faire), les non libéraux actuels tentent
de le faire insidieusement à partir de facteurs détestables
qu'ils imaginent et qui pourraient porter atteinte à cette liberté
d'action ou qui feraient que la personne ne soit plus elle-même.
Bref, le principe de précaution n'est jamais qu'un nouveau moyen
de contrainte des individus qu'ont pu imaginer les non libéraux
en raison du contexte d'incertitude déterministe-qualité
où ils pensent se situer et où ils veulent que tous les
individus se situent.
L'application du principe de précaution, exemple
de "nouvelle régulation" - pour reprendre le langage
officiel actuel du législateur -, passe de fait par un rationnement
de l'information des personnes . Elle n'a rien à voir avec une
gestion rationnelle des risques (notion apparue seulement en 1956) puisqu'en
particulier, elle ne prévient ni ne protège qui que ce soit
contre quelque risque que ce soit par des moyens donnés connus.
De fait, le principe
de précaution est une grande imposture de politique économique,
la dernière en date, qui n'a rien à envier à celles
du "magicien de Cambridge".
S'il n'est pas dénoncé et combattu (même caché
dans la charte de l'environnement, les effets de son application seront
autrement désastreux que ceux des étapes désormais
passées du matérialisme d'hier, à savoir les étapes
du plan (qui faisait abstraction de l'ignorance partielle de chacun),
de la sécurité sociale (qui avait condamné un temps
l'assurance), ou de la justice sociale (qui supposait qu'il y avait un
gâteau à partager), pour ne pas évoquer l'étape
de la politique agricole commune européenne (qui a mené
au rationnement de la production ou des facteurs de production et au dés-aménagement
du territoire français).
Par
Georges Lane, jeudi 5 janvier 2006
Notes.
1.
Guitton, H. (1979), De l'imperfection en économie, Calmann-Levy
(col. "perspectives de l'économique", série "critique"),
Paris, p.31.
2.
Say, J.B.(1826), "Discours préliminaires", Traité
d'économie politique, 1ère ed. 1806, Calmann-Lévy,
Paris, p.16
3.
Jonas est l'auteur d'une thèse de doctorat sur la Gnose, il est
principalement connu pour avoir publié en 1979 un livre intitulé
Principe de responsabilité.
4.
Lepage, H. (2001), "Vache folle et principe de précaution
: la fin du règne du droit", Bulletin de l'ALEPS, n°96,
avril, pp.2-23.
5.
Kamto, M. (1993), "Les nouveaux principes du droit international
de l'environnement", R.J.E. p. 12. Voir également le "Vocabulaire
juridique" de H. Capitant réédité par G. Cornu,
qui accorde à ce mot sept significations différentes.
6.
Selon Viney et Kourilsky :
"Le principe de précaution est apparu sous une forme explicite
dans un texte fondateur, adopté en 1987 lors de la deuxième
conférence internationale sur la protection de la mer du Nord :
"Une approche de précaution s'impose afin de protéger
la mer du Nord des effets dommageables éventuels des substances
les plus dangereuses. Elle peut requérir l'adoption de mesures
de contrôle des émissions de ces substances avant même
qu'un lien de cause à effet soit formellement établi au
plan scientifique".
7.
Je me sens obligé de rappeler que selon notre maître J.B.
Say,
"Les lois générales qui règlent la marche des
choses se nomment des principes, du moment qu'il s'agit de leur application
; c'est-à-dire du moment qu'on s'en sert pour juger les circonstances
qui s'offrent, et pour servir de règle à ses actions.
La connaissance des principes donne seule cette marche assurée
qui se dirige constamment et avec succès vers un bon but."
(Say, 1826, p.16)
8.
Arrow, K.J. (1962a), "Uncertainty and the Welfare Economics of Medical
Care", American Economic Review, 53, pp.941-973.
9.
Arrow, K.J. (1978) "Risk Allocation and Information : Some Recent
Theoretical Developments", The Geneva Papers on Risk and Insurance,
8, juin, pp.5-19.
10.
Une augmentation de l'information peut diminuer l'efficacité du
marché. Selon Arrow (1978) :
"A major theme of this lecture is the surprising fact that an increase
in information may lower the efficiency of the market, as first noted
by Hirshleifer (1971)". (Arrow, 1978, p.9)
Ce que Laffont (1985) exprime en écrivant :
"[…] nous avons vu qu'une amélioration de l'information
est toujours bénéfique pour un statisticien bayésien.
Ce n'est pas nécessairement le cas dans un jeu économique"
(Laffont, 1985, p.72)
et que Cohen (1998) magnifie en écrivant :
"[…] viewed from an ex ante perspective there is a net loss
in social welfare from this increased prior knowledge" (Cohen, 1998,
p.38)
11.
Laffont, J.-J. (1985), Cours de théorie économique, tome
II : Economie de l'incertain et de l'information, Economica (coll. Economie
et statistiques avancées), Paris.
12.
On remarquera en passant que les regrets qu'exprimait J.F. Revel dans
La connaissance inutile (1988) à propos de la façon dont
l'information était détruite de nos jours ne peuvent qu'augmenter
aujourd'hui. On ajoutera que Le fruit défendu de la connaissance,
livre de R. Shattuck (1998) donne l'impression de faire des gammes sur
cette "explication" de Arrow (sans le savoir ou en le sachant,
je ne sais).
13.
Faut-il souligner que Pareto a considéré que l'ophélimité
- élémentaire - d'une chose était une caractéristique
absolument subjective et non objective de la chose. Faut-il ajouter que,
pour cette raison, il a préfèré ce mot rébarbatif
d'"ophélimité" - qu'il a forgé - à
celui d'"utilité" qui prétait à confusion.
Faut-il rappeler qu'il a soutenu en conséquence que les ophélimités
de deux individus ne sauraient être comparables, ni comparées
par quelque démiurge, fermant ainsi la voie à la construction
de quelque fonction d'utilité collective. Bref, ses hypothèses
sont contraires à celles qui fondent la théorie de l'optimum
et qu'utilisent les théoriciens de l'optimum qui prétendent
appliquer la "règle de Pareto".
14.
Friedman, M. (1947), "Lerner on the Economics of Control", Journal
of Political Economy, 55, octobre, pp.405-16.
15.
Les "nouvelles régulations" dont parlent les socialistes
aujourd'hui en 2000-1 (avec la "loi sur les nouvelles régulations")
ne sont pas sans rappeler les idées du livre de Lerner. Après
Rawls et la justice sociale (décennie 1970) , serait-ce Lerner
et les nouvelles régulations ?
16.
Par exemple selon Arrow (1978) :
"In fact, if markets are created for every commodity for every contingency,
then the general competitive equilibrium leads to an efficient allocation
of risk-bearing (Arrow [1953] ; Debreu [1953], [1959, chapter VII].
The existence of competitive equilibrium with universal contingent contracts
follows by suitable reinterpretation of the usual existence results. Even
if the markets only exist for some contingencies […]
It is a matter of some controversy how to represent the concept of uncertainty.
The most usual doctrine represents uncertainty by probabilities, and I
shall follow that convention here." (Arrow, 1978, pp.5-6) dans "Risk
Allocation and Information : Some Recent Theoretical Developments",
The Geneva Papers on Risk and Insurance, 8, juin, pp.5-19.
17.
Au lieu de parler de choses échangeables par le processus de marché,
on peut bien évidemment parler de "marchandises". Il
n'en reste pas moins que, selon certains, les marchandises sont un type
de choses qui présentent une particularité.
"Les marchandises sont des choses et conséquemment n'opposent
à l'homme aucune résistance [...] Les marchandises ne peuvent
point aller elles-mêmes au marché, ni s'échanger elles-mêmes
entre elles" Marx, K., Le capital, livre 1, chap. 2 "De l'échange",
p.77.
Ces évidences seraient des définitions ad hoc des marchandises
si, préférant curieusement parler de "gardiens"
ou "conducteurs" plutôt que de "propriétaires"
ou "responsables", Marx n'ajoutait :
"Il nous faut donc tourner nos regards vers leurs gardiens et conducteurs,
c'est-à-dire vers leurs possesseurs [leurs gardiens] doivent donc
se reconnaître réciproquement comme propriétaires
privés" (ibid.).
Et cela pour en arriver à faire procéder la personne de
la chose et non la chose de la personne :
"Les personnes n'ont affaire ici les unes avec les autres qu'autant
qu'elles mettent certaines choses en rapport entre elles comme marchandises.
Elles n'existent qu'à titre de représentants de la marchandise
qu'elles possèdent" (ibid.).
18.
Pareto, V. (1896), Cours d'économie politique, 2 tomes, dans Bousquet,
G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto,
tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle
édition, 1964.
19.
Akerlof, (1970) "The Market for Lemons :Qualitative Uncertainty and
the Market mechanism", Quarterly Journal of Economics, 84, 3, août,
pp.488-500.
20.
En compagnie de Stiglitz et Spence, Akerlof recevra le Prix Nobel en 2001.
21.
Cf. Debreu, G. (1959), Theory of Value (An Axiomatic Analysis of Economic
Equilibrium), Yale University Press (Cowles Foundation Monograph, n°17),
NewHaven et Londres.
22.
Mais reste le principe d'exclusion de Pauli selon lequel deux parties
semblables ne peuvent exister dans un même état :
- occuper une même position (espace) et
- avoir une même vitesse (espace et durée)
à l'intérieur des limites tracées par le principe
d'incertitude (Hawking, 1989, pp.91-2.). Mais c'est une autre histoire.
Nos économistes mathématiciens, physiciens à leurs
heures, devraient néanmoins y prêter attention pour être
cohérents.
23.
Cawley, J. et Philipson, T. (1999), "An Empirical Examination of
Information Barriers to trade in Insurance", American Economic Review,
89, pp.827-46.
24.
En passant, cela est surprenant de la part de gens qui se veulent faire
de la science.
25.
C'est aujourd'hui flagrant dans le langage de la finance par exemple où
ils opposent le risque (et non pas l'incertitude) à la qualité
: c'est ce que cache l'expression de "fuite vers la qualité"
pour désigner l'attitude des investisseurs qui abandonnent des
placements jugés "risqués" (investissements en
actions, de faible qualité ! pour ne pas parler des investissements
en "junk bonds") pour adopter des placements jugés "sans
risque" (investissements en bons du Trésor, investissement
de qualité !).
26.
Oï, W. Y. (1973), "The Economics of Product Safety"",
Bell Journal of Economics, 14, Spring, pp.3-28.
27.
On regrettera que Pareto, par exemple à cette occasion, ait employé
les notions de première qualité ou de qualité médiocre
au lieu de les dénoncer.
28.
Un rationnement de plus non affiché mais que certains ont l'audace
de justifier en théorie. Selon Arrow (1978) :
"A major theme of this lecture is the surprising fact that an increase
in information may lower the efficiency of the market, as first noted
by Hirshleifer (1971)" (Arrow, 1978, p.9)
"[… ]Hirshleifer did not maintain that sure information has
a negative social value, but only that its social value in a pure exchange-no
production case is zero (p.564n.)" (Breyer, 1979, p.25)
Cela ne fait que reprendre le "paradoxe de l'information" développé
par Dréze (1960), dans Economie appliquée, 13, pp.71-80.
: l'échange doit être effectué avant que l'information
devienne disponible (la loterie tirée, il n'y a plus de marché
pour les tickets). En conséquence, l'information serait désastreuse
!
Références bibliographiques.
Akerlof,
(1970) "The Market for Lemons :Qualitative Uncertainty and the Market
mechanism", Quarterly Journal of Economics, 84, 3, août, pp.488-500.
Arrow,
K.J. (1962a), "Uncertainty and the Welfare Economics of Medical Care",
American Economic Review, 53, pp.941-973.
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K.J. (1978) "Risk Allocation and Information : Some Recent Theoretical
Developments", The Geneva Papers on Risk and Insurance, 8, juin,
pp.5-19.
Bramoullé,
G.
Cawley,
J. et Philipson, T. (1999), "An Empirical Examination of Information
Barriers to trade in Insurance", American Economic Review, 89, pp.827-46.
Cohen
(1998),
Cornu,
G. (ed.) "Vocabulaire juridique" de H. Capitant.
Debreu,
G. (1959), Theory of Value (An Axiomatic Analysis of Economic Equilibrium),
Yale University Press (Cowles Foundation Monograph, n°17), NewHaven
et Londres.
Friedman,
M. (1947), "Lerner on the Economics of Control", Journal of
Political Economy, 55, octobre, pp.405-16.
Guitton,
H. (1979), De l'imperfection en économie, Calmann-Levy (col. "perspectives
de l'économique", série "critique"), Paris.
Hawking,
1989, pp.91-2.
Hirshleifer
(1971)
Jonasz,
H. (1979), Principe de responsabilité.
Kamto,
M. (1993), "Les nouveaux principes du droit international de l'environnement",
R.J.E.
Laffont,
J.-J. (1985), Cours de théorie économique, tome II : Economie
de l'incertain et de l'information, Economica (coll. Economie et statistiques
avancées), Paris.
Lepage,
H. (2001), "Vache folle et principe de précaution : la fin
du règne du droit", Bulletin de l'ALEPS, n°96, avril,
pp.2-23
Marx,
K., Le capital, livre 1, chap. 2 "De l'échange".
Oï,
W. Y. (1973), "The Economics of Product Safety"", Bell
Journal of Economics, 14, Spring, pp.3-28.
Pareto,
V. (1896-97), Cours d'économie politique, 2 tomes, dans Bousquet,
G.H. et Busino, G. (Ed.), Oeuvres complètes de Vilfredo Pareto,
tome 1 : Cours d'Economie politique, Librairie Droz, Genève, nouvelle
édition, 1964.
Revel
J.F. (1988) La connaissance inutile, Grasset, Paris;
Say
J.B.(1826), "Discours préliminaires", Traité d'économie
politique, 1ère ed. 1806, Calmann-Lévy, Paris.
Shattuck, R. (1998) Le fruit défendu de la connaissance,
Viney,
G. et Kourilsky, P. (1999), "LE PRINCIPE DE PRECAUTION" (RAPPORT
AU PREMIER MINISTRE présenté par Philippe KOURILSKY, Professeur
au Collège de France, Membre de l'Institut de France, et Geneviève
VINEY Professeur à l'Université Paris I Panthéon-Sorbonne),
15 OCTOBRE 1999.
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