La Lettre du 27 avril 2007

Enfin le vrai débat !
Le second tour se doit de clarifier les enjeux, de marquer les différences en renforçant les choix libéraux.

Avec plus de 30 % des suffrages
exprimés au premier tour de l'élection présidentielle, la réussite de Nicolas Sarkozy est spectaculaire. Non seulement il a réussi à rassembler très largement la droite autour de sa candidature, mais il est encore parvenu à dérober à Jean-Marie Le Pen une part importante de ses électeurs. Sans doute aussi a-t-il réussi -et cela recoupe partiellement les électeurs de Le Pen- à mordre sur tout un pan de l'électorat populaire. Certes cette reconquête s'est faite au détriment des idées libérales, par l’adoption de postures, de propositions fleurant bon le simplisme et le protectionnisme.

Mais l’efficacité est là. Nicolas Sarkozy a su prendre le vent d’une opinion populaire, désorientée et inquiète, à la recherche d’ordre, de sécurité et d’espoir. Comme l'a montré une récente enquête qualitative (on laisse un échantillon d'électeurs exprimer librement leurs pensées), l'électorat de Nicolas Sarkozy dessine plus un besoin de remise en ordre de la France qu'un appétit de mise en mouvement des Français. La France «sarkozyste» qu'ils décrivent est celle où les travailleurs travaillent, la police police, les fonctionnaires fonctionnent, les étudiants étudient, les transports transportent, les rues sont calmes et les syndicats bien élevés...

Tout au long de la campagne du premier tour, nous avons déploré l'absence d'une vraie pédagogie de la modernité, le flou de propositions sans cohérence d'ensemble. Nous avons craint que sur de telles bases, les lendemains d'élections ne déchantent par la confrontation des promesses au choc des réalités (voir «Et après ?»). Mais, de même qu’on juge un arbre à ses fruits, les résultats du premier tour marquent un succès. La mobilisation massive des électeurs, le souvenir du 22 avril 2002, rejette aux marges les extrêmes et redonne une large majorité aux partis de gouvernement UMP - PS - UDF.
Ces résultats constituent un socle sur lequel, dans une confrontation avec la candidate du parti socialiste, un vrai débat peut se nouer, forçant les candidats à préciser et à articuler leurs propositions.

L'enjeu est de taille. Le prochain président de la république, fort des résultats du premier tour, amplifiés par l'élan d'un second tour de rassemblement autour de choix clairs, disposera d'une forte légitimité et d'un mandat pour moderniser la France.

D'une certaine façon, la percée de Bayrou et sa volonté de maintenir son indépendance peuvent y contribuer. En effet, face à l'heureux effondrement de l'extrême gauche (et notamment des candidats du camp « antilibéral », les derniers espoirs du parti socialiste passent par la séduction de ce nouveau centre. En clair, cette situation force le parti socialiste à prendre un virage social-démocrate, voire social libéral à la Tony Blair. Voilà qui pourrait décomplexer la droite, atténuer ses tentations protectionnistes, renforcer des choix libéraux.

Certes il est sans doute bien tard pour développer de nouvelles analyses, mettre en selle des propositions de réformes plus audacieuses et plus modernes. Mais, quoi qu'il en soit, les débats du second tour ne peuvent que clarifier les enjeux, préciser les orientations, dégager les cohérences des politiques proposées et marquer les différences. C'est en tout cas notre part d'espoir.

Alain Madelin

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ETHIC, recevra
Hervé Novelli,
Député d’Indre et Loire,
Président du groupe des Réformateurs de l’UMP

à l’occasion d’un petit-déjeuner débat,
le jeudi 3 mai 2007, à 8h30,
sur le thème
«Quelle place pour le libéralisme
avec Nicolas Sarkozy?
».

ETHIC vous accueillera
au Press Club,
8, rue jean Goujon, Paris 8e.
(parking : sous le Press Club)

Vous trouverez ici une invitation
pour votre inscription
(à retourner par mail asdevillers@ethic.fr
ou par fax au 01 56 43 62 11).

Quand Bayrou critique Ségolène Royal
On aura beaucoup remarqué les piques de François Bayrou à l’encontre de Nicolas Sarkozy. C’est sa critique du programme de Ségolène Royal que nous préférons retenir.
«Son programme (ndlr), multipliant les interventions de l’État, perpétuant l’illusion que c’est à l’État de s’occuper de tout, et qu’il peut s’occuper de tout, créant je ne sais combien de services publics, va exactement à l’encontre, en sens contraire, des orientations nécessaires pour rendre à notre pays et à son économie leur créativité et leur équilibre».
«Ségolène Royal, par son programme, va aggraver durablement les problèmes de l’économie.»


La France centrifuge
Lu dans la Nouvelle Lettre, l’éditorial de Jacques Garello. Notre ami analyse le scrutin du 22 avril : «Je suppose qu’un certain nombre d’électeurs ont voté Bayrou parce qu’il incarnait à leurs yeux «l’antisystème». Ces électeurs en ont assez de voir le paysage politique français toujours dominé par les mêmes hommes, les mêmes partis, les mêmes idées. (…) Bayrou avait raison de comprendre que les Français sont mécontents et de leur droite et de leur gauche, mais il avait tort de croire qu’en additionnant deux nullités on puisse trouver autre chose que zéro. (…) Le centre va laisser un vide dans l’échiquier politique français. Le libéralisme pourra bientôt combler ce vide. Plus la France est centrifuge, plus elle convergera vers les idées de la liberté.»
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Et après…
Yves de Kerdrel, chroniqueur au Figaro observe comme nous le faisions la semaine dernière (voir «Et après ?»), l’indifférence grandissante de la sphère économique et financière à l’égard d’un monde politique dont elle ne dépend plus.
«L’élément le plus important », écrit-il, «l'élément le plus important, c'est que, grâce à la mondialisation, l'économie française s'est presque totalement affranchie de la politique. Il y a encore cinq ans, avant de renverser Jean-Marie Messier, Claude Bébéar et Jean-René Fourtou ont consulté Bercy, l'Élysée et VGE. Trois ans plus tôt, avant de lancer une OPA sur Elf, Total s'était assuré auprès de DSK de sa bienveillance. Si Thierry Breton entend toujours faire respecter la grammaire des affaires, comme les Immortels veillent sur la langue française, les industriels et les financiers français, eux, ne répondent plus que devant leurs actionnaires, les seuls auxquels ils doivent des comptes. (…) Ce que l'on retiendra de cette campagne électorale, c'est que si les candidats ont tous évoqué le CAC 40, les superprofits, les soi-disant superdividendes et évidemment «les patrons voyous», comme si c'était une généralité, les entreprises, elles, ont continué d'investir, de vendre, d'embaucher - oui, de créer des emplois - et surtout d'aller chercher la croissance là où elle se déroulait. Sans prêter attention aux emplois aidés de Ségolène Royal ou détaxés de François Bayrou. Elles ont continué à créer de la richesse là où c'est facile de le faire, là où ce n'est pas condamnable, là où l'économie croît cinq fois plus vite que dans l'Hexagone. Pendant que les chiens aboyaient, la caravane de l'entreprise passait tranquillement son chemin.
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Vieilles croyances
«La pensée française est capable du meilleur et du pire», écrit Michel Cicurel, président de La Compagnie Financière Edmond de Rotschild, dans une opinion parue dans les Echos. «Au panthéon du pire, je ferai volontiers entrer le jeu à somme nulle, inlassablement ressuscité.
Selon une vieille croyance française, en effet, les gains d'un joueur viennent des pertes des autres. Parmi les multiples symptômes de ce syndrome malthusien, le concept tenace de partage du travail : le travail des uns ferait le chômage des autres, d'où retraite à soixante ans et 35 heures. De même le commerce extérieur et sa forme la plus aboutie, la mondialisation, inspirent une grande méfiance à nos compatriotes, convaincus qu'à ce jeu, il y a forcément des perdants. Quant à l'allergie suscitée chez nous par la richesse, ne provient-elle pas du sentiment confus que la prospérité des uns s'explique par la spoliation des autres ? L'aspiration à l'égalité est plutôt sympathique, mais devient belliqueuse lorsqu'elle est éperonnée par le postulat de somme nulle.»
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Biocarburants polluants
Lu dans le Monde, «Les biocarburants polluent aussi» par Stéphane Lauer. «Souvent présentés comme LA solution pour lutter contre le réchauffement climatique, pourraient ne pas être la panacée imaginée par certains. Un spécialiste des sciences atmosphériques de l'université de Stanford, en Californie, Mark Jacobson, s'est ainsi livré à des projections pour savoir quel pourrait être l'impact atmosphérique d'une généralisation des biocarburants à l'horizon 2020. "Un mélange d'essence avec une concentration élevée d'éthanol présente un risque égal, voire plus grand, pour la santé publique que l'essence seule", indique M. Jacobson, qui ajoute : "Dans certaines parties du pays, le mélange "E85" a entraîné une forte augmentation de l'ozone, un des principaux éléments du smog (mélange de brouillard et de fumée qui se forme au-dessus des grandes agglomérations du fait d'une pollution atmosphérique)."»
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A LIRE
L’art du mensonge politique
De Jonathan Swift
Editions Jérôme Millon
"Le moyen le plus propre et le plus efficace pour détruire un mensonge est de lui opposer un autre mensonge".
Le mensonge se calcule, se pèse, se distille, se proportionne. Le texte s’emporte alors contre les journalistes, « nouvellistes ou gazetiers », ces menteurs grossiers, et « leur petit talent, leur manque de génie à débiter du mensonge ».
Et au parti qui aura trop et mal menti, entamant ainsi sa crédibilité, le traité propose une cure originale d’inspiration médicale : se mettre au régime sec, sans boniments, se contraindre trois mois durant à ne dire que des vérités, pour regagner chèrement le droit de mentir à nouveau, en toute impunité. Hélas, se plaint l’auteur, jamais on ne trouva parti ou homme politique qui supportât un tel régime.
Parmi les nombreux conseils donnés par l'Auteur en matière de mensonges politiques, les principaux sont :
- Soustraire les mensonges à toute vérification possible;
- Ne pas outrepasser les bornes du vraisemblable;
- Faire varier les illusions à l'infini;
- Instituer une véritable 'société des menteurs' pour rationaliser la production de mensonges politiques.
Lire la critique De Bogdan Calinescu dans «La Nouvelle Lettre»