LES NOUVEAUX DROITS SOCIAUX
DE NICOLAS SARKOZY

On attendait beaucoup du grand discours prononcé à Périgueux par Nicolas SARKOZY, et ce d’autant plus qu’il intervenait juste après les propositions des réformateurs à l’UMP. Nicolas SARKOZY allait-il retenir les idées principales de son aile libérale ?

On n’a pas été déçu ! Comme le titre à la une sur toute la page Le Figaro « SARKOZY propose de nouveaux droits sociaux ».

Nous avons eu droit à un véritable florilège. Le président de l’UMP a défendu « le modèle social français », alors qu’il y a encore quelques mois il se montrait sceptique sur un modèle social qui nous valait près de 10% de chômeurs. Il a même célébré « l’exception française à laquelle il est légitime que nous soyons attachés ». Elle tient en trois mots : « la Nation, la République, l’Etat ». Comme le souligne Alexis BREZET dans son éditorial « Ultralibéral ? Il affirme « l’Etat a fait la France » et s’offre le luxe de défendre les fonctionnaires injustement accusés d’être des privilégiés ». Et le Figaro de poursuivre : « Quant aux nouveaux droits sociaux qu’il propose en rafale (retraite intégrale pour les mères de famille, cautionnement public pour permettre l’accès de tous à l’emprunt, droits opposables à l’hébergement, au logement, à la garde des enfants, à la prise en charge de la dépendance) il sera difficile de prétendre qu’ils ont été inspirés par l’école de Chicago ! ». En effet.

La liste est impressionnante. Le maître mot : des droits opposables. Cela veut dire : « Je propose que les citoyens puissent faire valoir leurs droits devant les tribunaux face aux collectivités ou aux institutions qui ne se seraient pas donné les moyens de rendre effectifs les droits dont elles sont responsables ». Bref, « il faut passer des droits fictifs aux droits réels » : c’est beau comme du MARX distinguant libertés formelles (bourgeoises) et libertés réelles.

Pour le logement, il donne un délai de deux ans aux collectivités « pour créer les places nécessaires pour accueillir ceux qui n’ont même pas un toit pour d’abriter ». De plus, il propose « qu’au bout de cinq à dix ans, le droit au logement devienne opposable de façon à créer une forte incitation à construire des logements manquants là où ils sont nécessaires ». On nage en plein socialisme. En effet, un droit opposable peut être défendu devant les tribunaux. Vous n’avez pas de logement : attaquez l’Etat ou la commune. Et pareil dans tous les domaines où il veut un droit opposable : je souhaite que « le droit à la prise en charge de la dépendance devienne opposable au bout de cinq ans » ; « je propose que le droit de faire garder ses enfants quand on travaille ou quand on est à la recherche d’un emploi devienne opposable au bout de cinq ans ».

Et bien sûr à chaque fois, c’est à la puissance publique de réaliser concrètement ce droit, comme c’est dit clairement pour le logement : tout cela est très libéral. Sans oublier le droit à l’emprunt : il prône la création d’un « cautionnement public » pour permettre tant au malade qu’à l’enfant issu d’une famille modeste de « louer ou emprunter pour financer ses projets » : le droit à l’emprunt, un nouveau droit de l’homme.

Sans doute M. SARKOZY ignore-t-il ce qu’est un droit de l’homme, un droit fondamental de la personne humaine, comme le droit de propriété. Il ignore que les droits sociaux, cela n’existe pas, sauf à remettre en cause les droits fondamentaux. Il ne sait pas qu’il y a une différence entre les droits de et les droits à. Comment puis-je exercer mon droit au logement, à la garde de mes enfants, à la prise en charge de ma dépendance ou à l’emprunt sans remettre en cause les vrais droits et en particulier le droit de propriété ? Et comment s’appelle un régime où les droits sociaux sont garantis par l’Etat ? Un régime socialiste. C’est cela, la rupture promise ? Si la prochaine campagne se résume à une surenchère entre les droits sociaux de SARKOZY et ceux de ROYAL ou FABIUS, cela promet. Autant voter directement BESANCENOT au premier tour.

Jacques Garello