Courriel bimensuel
des Cercles thématiques
N° 13 25 avril 2006

 


Cercle thématique « Les protections sociales »

La Nouvelle Lettre - J. Garello - 11 février 2006

« La liberté de chacun a une limite judiciaire, mais aussi une limite ontologique. La liberté pour quoi faire ? Je suis de ces libéraux qui soutiennent - contre d’autres libéraux d’ailleurs - que la liberté n’est pas une valeur absolue. Elle a son origine dans la nature de l’être humain, qui confère à toute personne une dignité spécifique, mais elle est également ordonnée à cette dignité. La liberté nous est donnée pour que nos actions nous portent vers un peu plus d’humanité, un peu moins de bestialité. Nous sommes libres de nous dépraver, de salir et de meurtrir. Mais nous sommes libres de nous élever, de créer et d’aimer. Si la liberté n’est pas illuminée par la « civilisation de l’amour », elle fait retourner l’homme et la société à l’état de barbarie. »

Notre commentaire

Ce beau texte mérite d’être médité. Il aborde clairement une question qui se situe au cœur de la démarche libérale.
Notre hésitation se manifeste à partir de l’expression « mais elle est également ordonnée à cette dignité ».
En effet, nous ne sommes pas libres de « salir et de meurtrir », car c’est atteindre à la liberté d’autrui, et cela pose une limite incontournable à notre liberté personnelle. Et nous sommes libres en effet « de nous élever, de créer et d’aimer », heureusement ! Mais faire cela n’est pas une condition pour être qualifié de bon libéral : le devoir de solidarité, oui, il est bien essentiel au libéralisme, au nom de la dignité de l’être humain. Mais pas l’amour…
Aimer, créer, nous élever, c’est possible et c’est bien. C’est la démarche individuelle, métaphysique, spirituelle de tous ceux qui ont choisi cette voie, et c’est hautement respectable. Mais ça ne se situe pas sur le même plan que le libéralisme, qui est une philosophie humaniste et politique.
Il en résulte, par exemple, que l’on peut être bon libéral et accepter que les lois de la cité rendent possible le contrat de vie commune entre deux personnes de même sexe. La liberté de personne n’y est agressée.
Par contre, nous dirons non à l’adoption d’enfants par des couples homo, car la liberté de l’enfant est mise en danger. La Belgique vient d’adopter une telle loi : nous disons qu’elle a tort.

 

Cercle thématique « Les défis de l’environnement »

Les menaces de changements climatiques

La terre se réchauffe - depuis Louis XIV, bien avant les grandes orgies de combustibles fossiles de notre XIXème siècle. C’est peut-être dû aux augmentations de concentrations de CO2 dans l’atmosphère, encore que les particules solides émises par la combustion du pétrole et surtout du charbon ont peut-être un effet refroidissant qui compenserait cet effet de serre…
Que peut-on faire, quelles sont les alternatives, le Kyoto et l’après-Kyoto ? On nous dit de continuer à diminuer nos consommations de combustibles fossiles, mais la Chine, l’Inde, l’Amérique latine, l’Afrique veulent se développer rapidement, et qui dira que les Occidentaux doivent les en empêcher ? Chine et Inde ont 300 ans de réserves de charbon dans leur sous-sol, et nous leur dirons de ne pas y toucher ?…
Quelles sont les alternatives, sachant que les économies d’énergie, les énergies renouvelables n’auront d’influence qu’à la marge ? Il reste deux options, le nucléaire et le pétrole / gaz à la place du charbon.
Le nucléaire ? Hérisser l’Extrême-orient et le sous-continent indien de réacteurs nucléaires, c’est accroître gravement les risques d’accident, d’attentat, de prolifération…
Le pétrole ./ gaz ? Ecoutons F. Bujon de l’Estang (Revue des Deux-Mondes, avril 2006) : « Les besoins en énergie de la Chine et de l’Inde sont considérables, et difficiles à assouvir. Le développement des ressources en charbon pose, dans le contexte du réchauffement climatique, des problèmes environnementaux graves et y trouve ainsi ses limites. La montée de la filière nucléaire ne se fera pas assez vite pour leur rapide développement. Ce sont donc dans l’immédiat les hydrocarbures qui sont seuls à même de répondre aux besoins. […] Par quelque bout qu’on le prenne, les réserves de l’Arabie saoudite, de l’Iran, de l’Irak et des monarchies pétrolières du Golfe sont seules à même de répondre aux besoins croissants de la planète. Et l’équilibre économique de celle-ci est donc directement dépendant de la stabilité politique du Moyen-Orient. »

Entre le risque de réchauffement de 1,4 degré en 2100 et ces risques l’un nucléaire, l’autre d’affrontement éventuellement militaire dans la poudrière mondiale, sommes-nous certains que le premier soit le plus menaçant ?

 

L’économie libérale

Annonce dans toute la presse : l’Agence de l’innovation industrielle soutient financièrement des programmes de recherche et développement industriels.

Qu’en pensons-nous ? D’une façon générale, les structures publiques n’ont pas à intervenir dans l’industrie. Les industriels savent mieux que quiconque ce qui est bon pour eux. Et le développement industriel fait partie des activités qu’ils maîtrisent parfaitement.

A l’inverse, nous admettons l’action publique dans le domaine de la recherche scientifique fondamentale : activité sans retombées économiques envisageables à court terme, et qui est bénéfique à long terme.

Nous sommes donc réservés devant les battements d’estrade de J. Chirac sur l’AII, ce nouveau machin dont le coût de fonctionnement alourdira encore nos charges.

Ironie étrange : l’un des projets sélectionnés est celui de l’allemand Siemens (système de transport automatique sur pneus) ! Cela ne manque pas de sel, après que le contribuable français ait sauvé de la faillite son concurrent tricolore Alstom… Les Allemands doivent trouver que nos mœurs sont vraiment étranges.