La Lettre des Cercles Libéraux, du 28 avril 2006

La loi des syndicats
La confusion règne après l’échec du CPE. Voici que la majorité et le gouvernement proposent d’associer les syndicats à la confection de toutes les lois et même de leur en déléguer certaines !

Dans notre dernier éditorial, nous avons émis la crainte que le gouvernement et la droite ne tirent les pires leçons du fiasco du CPE. Hélas, le pire est bien au rendez-vous.

C’est d’abord en cas de grève universitaire, le Président de l’UMP qui propose qu’on organise un vote à bulletin secret au bout de 8 jours pour voir s’il y a une majorité ou non qui veut continuer le mouvement. «Il n’y a aucune raison pour qu’une minorité dicte sa loi à une majorité», explique-t-il. Fort bien. Mais on peut tout aussi bien dire qu’il n’y a aucune raison pour qu’une majorité de grévistes interdisent d’étudier à ceux qui veulent étudier. Légaliser le blocus, c’est confondre le droit de grève, c’est à dire le droit d’arrêter son travail, avec le droit d’arrêter le travail des autres.
Une majorité de grévistes dans les transports a-t-elle le droit de paralyser un pays ? Nous avions cru comprendre qu’en matière de service public, la droite exigeait un service minimum. La liberté d’étudier mérite au moins autant de protection que la liberté d’aller et venir ou la liberté du travail.

C’est encore, en matière de dialogue social la mise à l’étude par le gouvernement des réformes à valeur constitutionnelle avancées dans le rapport demandé à Dominique-Jean Chertier, ancien conseiller de Jean-Pierre Raffarin.
Il est proposé que «toutes les réformes d’initiative gouvernementale, quelle que soit la politique publique concernée» passent par un cadre obligatoire de concertation sociale d’une durée de trois mois. Le discours de politique générale du Premier ministre devant être présenté aux partenaires sociaux et décliné avec eux en «agenda de réformes partagées»

En matière de droit du travail, les partenaires sociaux pourraient même avoir l’initiative et le délai de trois mois serait alors allongé. Le Parlement «ne pouvant ensuite qu’accepter ou refuser en bloc le projet de loi issu de l’accord»

Au risque de jouer les trouble-fête, il nous faut remettre les idées à l’endroit et protester énergiquement contre cette dangereuse «privatisation» de la loi au profit des partenaires sociaux.

Dans une démocratie, il appartient au gouvernement et aux parlementaires de faire la loi et il appartient aux partenaires sociaux de conclure des contrats dans le cadre de la loi. A chacun son territoire et à chacun son rôle.
Le problème, c’est qu’en matière de droit du travail dans notre pays, la part de la loi est exorbitante par rapport à celle des contrats et qu’il est nécessaire de retracer la frontière pour ouvrir de plus larges espaces au contrat.
C’était le sens de la refondation sociale proposée par Ernest-Antoine Sellière et Denis Kessler, celui de la position commune des partenaires sociaux de 2001 qui proposaient de distinguer le domaine du législateur pour fixer conformément à l’article 34 de la Constitution les principes généraux du droit du travail ayant une valeur d’ordre public social
-> le domaine partagé du domaine législatif et réglementaire
-> le domaine propre des interlocuteurs sociaux.
C’est encore la piste ouverte par le rapport Virville et reprise récemment par Jean-Louis Borloo.


Au lendemain de l’annonce du CNE, précurseur du CPE nous écrivions : les libéraux ne demandent pas au législateur et au gouvernement d’inventer un nouveau contrat de travail, ils leur demandent – dans le droit fil du rapport Virville – de définir un cadre de règles d’ordre public et d’équilibre de négociation qui permettent aux partenaires sociaux d’aménager eux-mêmes le droit du travail dans des accords - donnant- donnant, gagnant-gagnant – afin d’adapter un droit du travail conçu pour la civilisation de l’usine et aujourd’hui, trop rigide à la réalité de l’économie et des entreprises.

Tout se passe comme si pour faire pardonner l’échec du CPE et de l’intrusion du gouvernement et du législateur dans le domaine du contrat, on proposait aujourd’hui une étonnante et stupéfiante intrusion des syndicats dans le domaine du législateur !

Pour les libéraux, il n’appartient pas plus au gouvernement de faire les contrats, qu’il appartient aux partenaires sociaux de faire la loi

Alain Madelin

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COURRIER des LECTEURS

La lettre
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L'édito de Dominique Garrigues :
"La voix des libéraux français reste faible, quasi inaudible, dans les débats politiques actuels..."
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Les thèmes : Les protections sociales – La culture libérale – La civilisation de l’Internet – Les enjeux internationaux – Les défis de l’environnement – La réforme de l’Etat et des collectivités territoriales – La libération de l’économie
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Vos réactions, réflexions et contributions nous intéressent

 


Principe de précaution :
un risque pour le progrès
La dernière note économique de l’Institut Molinari «Défendre les OGM contre la culture de la précaution» démontre qu’au lieu d’assurer la protection et la sécurité des consommateurs, le principe de précaution prive les individus des nombreux bénéfices des OGM. En effet, comme le souligne l’auteur, les risques concernant les organismes transgéniques sont exagérés et leurs bénéfices sont sous-estimés notamment pour le développement des pays pauvres. «Finalement, au regard des éléments actuels du débat, l’opposition aux OGM revient à ignorer les faits pour s’en tenir aux hypothèses les plus douteuses.»
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Bienvenue dans la société de la peur !
A lire les réflexions d’un de nos lecteurs face au sondage qui a révélé que 70% des jeunes souhaitaient être fonctionnaires. Pourquoi un tel engouement ? La fonction publique serait-elle "le dernier endroit où l’emploi à vie est garanti, où la prise de risques n’est pas encouragée, où la remise en cause est quasi inexistante?"
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>> HUMEUR :
Il est de bon ton après l’échec du CPE de souligner les blocages français face aux réformes. Et sans nul doute, la droite ayant renoncé depuis plusieurs années à la pédagogie libérale des réformes nécessaires, le climat ne semble guère favorable à la promotion des libertés économiques, de la concurrence et au recul de l’emprise de l’Etat. Un sondage ne nous a t’il pas rappelé que seul 36% des Français estiment que l’économie de marché constitue un bon système pour l’avenir. Mais sondage pour sondage, l’enquête de l’Institut TNS-Sofres publiée par le Parisien du 24 avril nous montre des fonctionnaires bien plus favorables à la réforme de l’Etat qu’on ne pourrait le penser. Ainsi, 72% des fonctionnaires estiment qu’il faut instaurer un service minimal en cas de grève. Mieux, 62 % sont favorables au développement de la culture du résultat, 64% à la promotion et la rémunération au mérite et enfin 57% sont pour un allégement des effectifs à l’occasion des départs à la retraite. Comme quoi il existe un chemin pour ceux qui auront l’audace de proposer juste !.

>> LE CHIFFRE >> CITATION
3 semaines et 1 jour
Les Français travaillent trois semaines et un jour par an pour payer les seuls intérêts de la dette publique. Des intérêts qui vont s’alourdir cette année d’au moins un demi-milliard d’euros supplémentaires, sous l’effet de la hausse des taux d’intérêt. Cette dette vient d’ailleurs d’atteindre un record absolu : 1 138 milliards d’euros, soit 66,8% du PIB.

"La différence
entre le politicien
et l'homme d'Etat
est la suivante :
le premier pense
à la prochaine élection,
le second
à la prochaine génération
"

James Freeman Clarke

Un modèle libéral de dialogue social
Relevée dans l’étonnant rapport Chertier «Pour une modernisation du dialogue social», (voir éditorial ci-contre), la référence à un modèle de concertation sociale (ayant impliqué le Conseil Economique et Social) : la loi Madelin de 1994 !

Cachez ce déclin que je ne saurai voir !
«Qu’on le veuille ou non, quand on ralentit dans le monde qui s’accélère, il y a déclin» rappelle Jean-Louis Caccomo. Et de constater que les politiques, influencés par des groupes de pression, n’engagent pas les réformes de fond pour préserver leur popularité immédiate. Or, dans un pays dont l’économie est la plus dépendante de l’Etat et alors même que l’activité privée, créatrice de richesses, est méprisée, les Français «ne se demandent guère d’où vient la richesse, mais seulement comment la redistribuer.»
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Le service public à la française a vécu...
Les manifestations des semaines passées sont pour le professeur Jacques Garello les derniers soubresauts de la conception française des services publics en voie de disparition. A partir de l’analyse de la révolution dans le transport par rail en France, il expose les conséquences rapides et radicales de la concurrence pour les entreprises d’Etat : «s’adapter pour emporter les appels d’offre, ou mourir». Des vérités qui donnent aux discours syndicaux un indéniable goût d’arrière garde.
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L’analphabétisme économique,
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«Comment se peut-il que l'essentiel du débat économique, pourtant conduit par les politiciens les plus brillants de France, la crème de l'ENA, soit entaché de tant d'analphabétisme ?». C’est l’interrogation de Chris Patten, Chancelier d’Oxford, ancien commissaire européen et ancien gouverneur de Hong Kong, dans la tribune du Figaro du 27 avril dernier.

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Leo Strauss
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L’école est en crise : l’ascenseur social est en panne, la baisse du niveau a accentué l’inégalité des chances et les diplômes ont été dévalués. Tel est le constat des parents, des enseignants, des pédagogues et des politiques. Après «La fabrication du crétin», le professeur Jean-Paul Brighelli en arrive dans ce nouvel essai aux même conclusions que les libéraux. L’école est à réorganiser de la maternelle à l’Université afin de faire coïncider les diplômes avec la compétence et les connaissances. De l’apprentissage à la formation des enseignants, l’auteur offre des propositions concrètes.