La Lettre des Cercles Libéraux, du 28 octobre 2005

Le faux libéralisme chasse le vrai.
Brider les salaires, rogner les avantages sociaux pour être plus compétitif, ce n’est rien comprendre au nouveau monde. Hélas, cela passe à tort pour être une politique libérale…

Les traditions et les comportements électoraux ont la vie longue. Mais pourtant, comme nous le soulignions la semaine dernière ( «La grande coalition de la droiche ») les clivages d’hier ne correspondent pas aux réalités d’aujourd’hui.
Nous sommes entrés dans ce que Alvin TOFFLER a appelé «la troisième vague» de l’histoire de l’Humanité. Après « la première vague » de la révolution agricole et «la deuxième vague industrielle», voici la révolution de la société du savoir portée par les nouvelles technologies de communication.
Une société globalisée marquée par l’entrée de plusieurs millions d’hommes dans un monde placé sous le signe des libertés économiques et du libre-échange.
Le clivage se creuse entre les pays aux politiques délibérément tournées vers « la troisième vague » (Etats-Unis, Angleterre, et l ’Europe du Nord) et les pays dont les politiques, à l’instar de l’Allemagne ou de la France, restent marquées par la résistance au changement et les pesanteurs de « la deuxième vague industrielle ». A la décharge de ces gouvernements, on est bien forcé d’observer que, sur le marché politique, s’il n’existe pas de groupe de pression en faveur de la troisième vague ( car ses principaux acteurs sont déjà engagés dans le monde) il existe en revanche de puissantes forces – à droite, une grande partie du patronat, à gauche, les syndicats – pour défendre et protéger le statu quo.
Ceci conduit ces pays à mener des politiques protectrices de l’économie de la «seconde vague», des politiques qui sous des formes diverses cherchent à diminuer le coût du travail et les dépenses sociales pour rester compétitif.
- Diminuer artificiellement le coût du travail à coups d’allègements de charges sociales, reporter celles ci sur d’autres impôts (TVA).
- Freiner les augmentations de salaire en agitant la peur des délocalisations et du chômage, voir en rognant les droits des chômeurs. (C’est le cas en Allemagne des mesures dites HARTZ IV – que l’on tente de copier en France - qui ont très sévèrement diminué l’indemnisation du chômage dans l’espoir de pousser les chômeurs à reprendre un emploi. Faute de croissance et de création d’emplois ces mesures n’ont bien évidemment aucun effet sur le chômage mais en aggravant la peur du chômage elles ont permis de limiter les salaires, au risque de dégrader le climat social des entreprises.)
- Diminuer les dépenses sociales en déremboursant toujours plus et en renvoyant une part toujours plus grande des couvertures vers les mutuelles complémentaires.
Il existe un vrai danger pour la droite à s’identifier à des politiques punitives et frileuses qui visent à brider les salaires et rogner les avantages sociaux, même si elle tente à faire croire qu’il existe quelques recettes protectionnistes pour limiter l’impact d’une telle politique.
Le drame, c’est que sur notre très française toile de fond culturelle qui aime opposer le libéral et le social, de telles politiques, antisociales sont aussitôt qualifiées de libérales. Le faux libéralisme chasse le vrai.
La vérité est qu’une politique libérale est aujourd’hui une politique délibérément tournée vers la forte croissance des économies de la «troisième vague».
- Une politique qui par une réforme fiscale entend accroître les incitations marginales à produire des richesses
- Une politique qui entend alléger les lois et règlements de toutes sortes qui freinent l’initiative et la croissance.
- Une politique qui veut certes réduire la dépense publique par une réforme de l’Etat et une restriction de son périmètre d’intervention, mais qui en réalité entend moins réduire la dépense publique elle-même que la part de la dépense publique dans la richesse nationale grâce à une croissance la plus forte possible.
- Une politique qui n’entend pas diminuer le niveau de protection sociale mais mieux maîtriser les dépenses de l’assurance maladie par une ouverture du service public à la concurrence ou créer un marché de vrais droits à la retraite
- Une politique qui veut restaurer un vrai marché du travail en réduisant les interventions de l’Etat qui fausse le vrai prix du travail et en assurer une plus grande liberté des contrats pour faciliter l’échange de travail.
Les pays qui font le choix de l’ouverture, de la concurrence et qui entrent résolument dans l’économie de « la troisième vague » sont ceux qui savent le mieux atteindre un haut niveau de croissance, améliorer les salaires et le pouvoir d’achat (les salaires aux Etats-Unis ont augmenté de prés de 5% en un an).
Avec une croissance moyenne de 3,5% par an, la richesse double en 20 ans. Aucune politique socialiste ou dirigiste de redistribution ne peut obtenir le même résultat.
La croissance et le plein emploi sont à la fois la solution de nos problèmes sociaux et la meilleure politique sociale
Les réformes libérales ne sont pas des punitions mais des chances. Puisse la droite s'en convaincre

Alain Madelin



Fiscalité : le bon cap
En matière de fiscalité il faut saluer les avancées du gouvernement Villepin. Car prudemment mais habilement dans la faible marge de manœuvre qui est la sienne, le Premier Ministre avance : allégement de l’ISF en faveur des salariés et dirigeants actionnaires, bouclier fiscal, réexamen - certes de principe - des niches fiscales, exonérations des plus values... Mais la réforme fiscale reste à faire.
Il faut signaler le rapport du Conseil d’Analyse Economique auprès du Premier Ministre qui préconise une réforme fiscale d’ensemble assez proche de celle prônée depuis longtemps par les libéraux.
Le rapport et notre commentaire

Discrimination positive
Beaucoup voient dans la «discrimination positive» prônée par Nicolas Sarkozy et refusée par Dominique de Villepin une vraie différenciation politique. La réalité est plus complexe...
Les libéraux, pour leur part, s’ils sont favorables à une action positive pour favoriser la mobilité sociale, refusent énergiquement toute loi de discrimination positive.
Lire l'analyse et lire l’entretien percutant de A.M. Le Pourhiet

Une vraie réforme de l’éducation...
Après la reforme des écoles primaires Tony Blair engage une profonde réforme des systèmes publics secondaires, avec un objectif : «Que toutes les écoles publiques qui le souhaitent deviennent rapidement autonomes et indépendante». Ce qui veut dire leur permettre de s’affranchir des tutelles et leur permettre de rester libre de choisir leur programme et de nouer même des partenariats avec les entreprises, les églises et les organisations caritatives. Bref, passer d’une logique d’obligation de moyens à une logique de résultat en faisant confiance à la liberté et à la responsabilité (Voir Reform) . Des propositions bien proches de celles des libéraux en France
Voir nos propositions sur l’éducation


SI CHIRAC SAVAIT

Le président de la République prône aujourd’hui, le modèle de «l’économie sociale de marché». Ne lui dîtes pas qu’il s’agit là d’une expression inventée par les libéraux… Lire la suite

LE CHIFFRE CITATION

44

La France est classée 44éme dans le dernier rapport de Doing Business pour la compétitivité de son système juridique, sur le coût, la durée d’une fermeture d’entreprise et le recouvrement des actifs. Bien derrière les pays «anglo-saxons», juste derrière la Jamaïque.
«La démocratie étend la sphère de l’indépendance individuelle, le socialisme la resserre. La démocratie donne toute sa valeur à chaque homme, le socialisme fait de chaque homme un agent, un instrument, un chiffre (…). La démocratie veut l’égalité dans la liberté et le socialisme veut l’égalité dans la gêne et la servitude.»
Alexis de Tocqueville

«Logements sociaux» ou bon marché ?
Jean-louis Borloo veut créer des «logements sociaux abordables». C’est là reconnaître que les logements sociaux ne sont pas bon marché et donc pas vraiment «sociaux». S’il y a un domaine ou «une rupture» est nécessaire c’est bien celui du logement social. Plutôt que de concocter un énième plan pour multiplier les logements sociaux, mieux vaudrait utiliser les forces de marchés pour fabriquer des logements bon marché.

Nobel
« L’économie n’est pas un jeu, mais exige une règle du jeu », nous rappelle Jacques Garello dans l’analyse qu’il vient de publier sur l’attribution du prix Nobel d’économie à deux spécialistes de la théorie des jeux.
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Quel grand jour pour l’Irak
« Le 25 Octobre 2005 doit être marqué d'une pierre blanche. La force des urnes et de la liberté a eu raison de la terreur et de la barbarie.» Le billet de Bruno Pineau-Valencienne, du cercle des USA - Canada...
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A LIRE
Eloge du libre échange
par Jagdish Bhagwati
Le Grand Gaspillage : Les vrais comptes de l'Etat
par Jacques Marseille
Dans cet essai Jagdish Bhagwati, économiste d’origine indienne, démontre
que, non seulement le libre échange des marchandises et des services favorise le développement économique mondial, et que ce n'est pas en s'y opposant que les droits sociaux et l'environnement seront mieux protégés. Les tentations protectionnistes se font non seulement au détriment de la prospérité des pays qui y succombent, mais aussi à celle des autres. (Editions d'Organisation)
«Le grand gaspillage » de Jacques Marseille publié en 2002 vient d’être réédité en poche Edition Perrin, coll. «Tempus »
Une édition actualisée puisque Jacques Marseille nous apprend par exemple que depuis 2002 notre dette publique s’est accrue de plus de 165 milliards d’euros, soit près de 2000 euros par seconde !
Dans le même temps la richesse nationale, s’est accrue de 101 milliards euros. Tout c’est passé comme si le surplus de richesses avait été confisqué par les administrations publiques.

Ne nous laissons pas aveugler par le modèle britannique
Si nous nous laissons volontiers séduire par certaines postures de Tony Blair et par quelques réformes menées en Angleterre (voir plus haut) il ne faut pas se laisser pour autant aveugler par la politique menée par les travaillistes. C’est ce que nous rappelle à juste titre un de nos amis lecteur en Angleterre. Nous en convenons bien volontiers. Les dernières années ont été marquées par une explosion des dépenses publiques et une baisse de la compétitivité récemment remarquée par l’OCDE.
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