La Lettre du 30 juin 2006

Réinventer le SMIC
Les revalorisations artificielles du SMIC fabriquent du chômage et « smicardisent » la société

Dans tout diagnostic sur l’état de la France à la veille de l’élection présidentielle, figure assurément en bonne place la panne du pouvoir d’achat.
La tentation de tout gouvernement c’est, dans un contexte sans vraie croissance, de pallier cette panne par un traditionnel «coup de pouce» au SMIC lors de sa revalorisation du 1er juillet. L’actuel gouvernement n’a pas résisté, même si son «coup de pouce» fut léger. Au total le SMIC - du moins, le Smic horaire - aura progressé de 24% en cinq ans.
« Nous avons fait mieux que Jospin », claironne l’ancien Premier ministre. En regard, la promesse du projet socialiste de porter le SMIC à 1500 euros lors de la prochaine mandature - soit une augmentation de 20% - parait plus modeste.

Le problème est que les politiques d’augmentation autoritaires du SMIC qui servent de vitrine sociale aux gouvernements sont économiquement et socialement contre productives.

La question de la réinvention du SMIC se doit d’être à l’ordre du jour du débat des présidentielles.
Pour dissiper tout malentendu, il est bon de rappeler que les libéraux n’ont aucune hostilité de principe à l’idée d’un salaire minimum. C’est même un des leurs - Antoine Pinay - qui a mis en œuvre le premier salaire minimum garanti (SMIG).
Mais si le salaire minimum permet d’éviter les abus et de pousser les entreprises à un certain niveau de productivité (en élimant les mauvaises) il ne doit pas être porté artificiellement à un niveau qui bloque l’embauche.
Or il faut bien constater qu’il est progressivement passé de son rôle de «voiture balai» au rôle de «locomotive salariale». Quoi de plus facile et de plus tentant pour les gouvernements à la recherche d’une «aura» sociale que d’imposer aux entreprises une revalorisation du SMIC au-delà des critères d’inflation et de croissance.
C’est là un prélèvement obligatoire déguisé et qui offre l’avantage de ne pas être comptabilisé comme tel.
Conscient d’ailleurs des effets destructeurs de ces augmentations artificielles (quand le coût du travail des salariés non qualifiés dépasse leur rentabilité économique ceci provoque un chômage de masse et encourage le travail au noir ) l’Etat a depuis longtemps accompagné ces augmentations d’une politique palliative d’allégement massif des charges sociales sur les bas salaires.

Le résultat d’une telle politique qui pousse les bas salaires vers le haut, qui compense cette augmentation artificielle par des baisses de charges dégressives jusqu’au plafond d’1,6 SMIC, c’est bien évidemment une compression des salaires comme il n’en existe dans aucun autre pays développé et une «smicardisation» de la société que je dénonce depuis longtemps (le mot a depuis fait florès).
Le nombre de personnes payées au SMIC n’a cessé d’augmenter (16% de la population active) et plus de deux salariés sur trois sont enfermés dans la zone des salaires inférieur au plafond des exonérations de charges, soit 1,6 SMIC. Il s’ensuit pour beaucoup un sentiment de dépression relative : quand le SMIC augmente, celui qui gagnait 1,6 SMIC ne gagne plus que 1,5 SMIC.
Voila de quoi déprimer les ménages et fabriquer la France des fins de mois difficiles.

Et comme toujours, les désastres de l’intervention étatique appellent de nouvelles interventions étatiques. Pour réparer cette paupérisation salariale l’Etat et Lionel Jospin ont cru bon de créer une prime pour l’emploi (PPE) directement versée aux salariés les plus pauvres.

Cette PPE n’a depuis cessé d’être revalorisée
par la droite qui s’enorgueillit aujourd’hui de verser ainsi l’équivalent d’un treizième mois à un smicard. Aujourd’hui plus de 9 millions de foyers la recoivent et sa seule revalorisation coûtera 3,7 milliards d’euros en 2007.


Résumons, notre Etat-Gribouille: l’Etat force le salaire minimum au-dessus de son niveau économique, compense cette augmentation artificielle par des baisses de charges pour les entreprises, et puis constatant les effets désastreux ( la «smicardisation») d’une politique qui tire les salaires vers le bas il ajoute une prime pour l’emploi (toujours payée par l’impôt) au profit des travailleurs pauvres !

Pour retrouver le plein emploi, favoriser la croissance et la progression du pouvoir d’achat, il nous faut libérer le marché du travail et libérer les salaires. Pour cela, il faut réduire les interventions de l’Etat qui faussent les prix sur le marché du travail et assurer une plus grande liberté des contrats pour faciliter l’échange de travail.

Ceci exige une nouvelle politique en matière de salaire minimum.
Le salaire minimum qu’il faudrait apprécier sur une base annuelle serait fixé par une commission indépendante en fonction de critères objectifs d’inflation et de croissance excluant tout coup de pouce gouvernemental.
Les partenaires sociaux seraient libres de négocier des salaires minimums professionnels supérieurs et peut-être même ultérieurement des salaires minimums régionaux (à un même salaire minimum ne correspond pas le même pouvoir d’achat à Paris ou dans la Creuse).
Les exonérations de charges sociales seraient progressivement réduites et verraient leur plafond supprimé au profit d’une exonération forfaitaire (par exemple sur les 500 premiers euros de salaire).
Un revenu familial minimum se substituerait à la prime pour l’emploi (Voir notre dossier:Instituer un revenu familial garanti) garantissant un revenu minimum à tous les citoyens en fonction de la composition de leur foyer en cas d’inactivité et jusqu’à un certain plafond en cas d’activité au moyen d’une compensation de revenu dégressif (favorisant ainsi au passage la reprise du travail pour celles et ceux qui sont enfermés dans l’assistance.)
Inspiré de l’impôt négatif qui a été mis en oeuvre dans de nombreux pays ce revenu familial garanti (mis en œuvre dans le cadre d’une réforme globale de l’impôt sur le revenu) est la contrepartie d'une nouvelle politique en matière de salaire minimum

Alain Madelin

Les AUTRES EDITORIAUX

 

 

 

 

 

 

 

 

 

LE BANC d'ESSAI des LIBERAUX
La politique économique et sociale de Nicolas Sarkozy
Nicolas Sarkozy vient de préciser dans deux discours importants, le discours d’Agen et le discours de clôture de la convention UMP consacrée à la santé, ce que serait sa politique économique et sociale s’il était élu Président. Des discours qui d’un point de vue libéral mélangent à la fois de bonnes résolutions, de bonnes propositions, des mesures plus ambiguës et d’autres enfin franchement détestables.

Nous avons résumé ses propositions pour les passer au filtre d’une première critique libérale que nous complèterons bien entendu.

Merci de consulter notre banc d’essai et aussi bien sûr d’ajouter vos observations.

Les députés UMP au pied du mur
Voici la majorité UMP deux fois au pied du mur de ses ambitions réformatrices.
D’une part, avec la fusion Suez-Gaz de France sur laquelle malgré les réticences d'une majorité de l’UMP, le Premier ministre et le Président de la République ne mollissent pas renvoyant le texte à une séance extraordinaire du Parlement en septembre prochain. Avec une crainte toutefois, c’est que la privatisation de Gaz de France ne soit troquée contre un contrôle antiéconomique des prix du gaz et de l’électricité.
Dirigisme quand tu nous tiens...
D’autre part, avec la proposition de loi sur l'ouverture des magasins le dimanche déposée par Pierre Lellouche sur laquelle vient de s’engager Nicolas Sarkozy. Pourquoi remettre à demain ce que l’on peut faire dés aujourd’hui.
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La politique étrangère de François Bayrou
Lors du colloque UDF sur «les relations internationales et la défense» François Bayrou a proposé des «inflexions» nécessaires de notre politique étrangère.
Nous avons relevé quelques idées intéressantes.
A lire les extraits du discours de François Bayrou.
Vos réactions nous interressent.

Notre courrier des présidentielles
Réaction sur l'Exonération d'impôts et des charges sociales pour les heures supplémentaires" de Nicolas Sarkozy

En 2007, les libéraux devront choisir. Aujourd’hui l’heure n’est pas au choix des personnes, elle est à l’élaboration et au choix des programmes.
En toute liberté, les libéraux entendent présenter leurs idées, leurs propositions et les placer au cœur du débat politique.
Retrouvez tous les éléments du projet des libéraux 2007 et participez au débat 

Jospin, le retour
Lionel Jospin revient avec une contribution présentée comme majeure, publiée par le Monde. Franchement, après un si long silence on attendait mieux. Notamment dans le domaine économique où le retour de Jospin signifie clairement le retour en arrière. Point de départ de son analyse : il existe un héritage français Keynésien avec lequel il serait dangereux de rompre. Autrement dit distribuons des revenus et la croissance reviendra! Ben voyons...


Mittal Arcelor : victoire sur marché
A lire l’analyse d’Yves de Kerdrel sur la réussite de l’OPA, devenue «amicale», de Mittal sur Arcelor où il dénonce l’échec «d'une rhétorique politicienne visant à faire de cette opération un cas d'école du patriotisme économique français». L’auteur ajoute que «celui dont on moquait l'inexpérience en termes de «gouvernement d'entreprise» a vite compris que, dans une telle bataille, les seules forces qui comptent, ce sont les actionnaires, parce que ce sont eux les propriétaires d'Arcelor et non pas les pouvoirs publics».
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S’enrichir est un droit !
L’Institut Hayek analyse les données du rapport «World Wealth Report» publié par Merill Lynch et Cap Gemini qui renseigne notamment sur le nombre de millionnaires par pays.Ce qui est intéressant n’est pas le pourcentage de millionnaires (sensiblement comparable en Suisse et aux Emirats arabes unis) mais le pourcentage de ceux qui sont devenus millionnaires par leur travail, «l’ascenseur social». Si la fortune se bâtit en une vie et par le travail aux Etats-Unis, en revanche en Europe, c’est essentiellement par le biais de l’héritage. De plus, «ces fortunes n’ont été confisquées à personne, elles ont été créées par des entrepreneurs qui les détiennent». L’Institut Hayek ajoute que «s’enrichir est un droit, lorsqu’on exerce dans le respect des règles morales et juridiques élémentaires».

A LIRE
L'Economie
de marché

de Roger Guesnerie,
Editions le Pommier
Injustices.
de François Dubet,
Seuil
Un ouvrage de vulgarisation de l’économie de marché. L'auteur, professeur au Collège de France, dresse un panorama éclairant sur le fonctionnement des économies de marché rappelant quelques éléments de base telles que les lois de l’offre et de la demande ou la théorie d’Adam Smith, selon qui «l’égoïsme de chacun constitue un facteur d’harmonie bien plus efficace que l’altruisme». Pour finir, l’auteur analyse quelques-uns des défis contemporains auxquels les économies de marché sont confrontées : mondialisation, développement durable, rôle de l’Etat...
Le résultat des travaux d'une équipe de chercheurs autour de questions centrales qui traversent à la fois notre vie quotidienne et nos débats publics : quelles inégalités nos concitoyens perçoivent-ils comme des injustices dans le monde du travail ? Cet ouvrage de référence nous permet de mieux cerner le sentiment d’injustice, les discriminations, la non reconnaissance ou le déclassement social. Sur la perception des injustices, les auteurs nous donnent des repères sur un certain nombre de valeurs: le travail, le mérite, l’autonomie,le rôle du droit...