La Lettre des Cercles Libéraux, du 30 mars 2006

Circulez, il n’y a rien à négocier
Plutôt que de chercher à négocier le CPE avec les organisations syndicales qui lui sont hostiles, le gouvernement doit en préciser le mode d'emploi pour rassurer l'opinion.

L’affaire du CPE pose non seulement la question de l’acceptabilité des réformes en France mais peut être plus encore celle de la méthode pour réformer.

Le reproche le plus commun adressé au Chef du gouvernement est de n’avoir pas négocié préalablement le CPE avec les partenaires sociaux. L’argument est des plus spécieux car on ne se souvient guère des négociations préalables aux 35 heures et même, plus récemment, de celles qui auraient précédé l’instauration du CNE.

Nous n’avons jamais caché ici même nos réserves sur le CPE, sur sa logique économique douteuse et sur ses vices de construction juridique (Voir "
Un nouveau droit pas très adroit"). Nous sommes d’autant plus surpris, que l’UMP qui s’était empressée de déclarer que le CPE avait été «élaboré, puis calé, après plusieurs entretiens avec le Premier ministre et le Président de l’UMP» propose aujourd’hui de le suspendre pour le redessiner dans une négociation avec les partenaires sociaux.

A la décharge de Dominique de Villepin, il faut reconnaître qu’une telle négociation s’apparente à une mission impossible.

On ne voit guère de véritables possibilités de négociation. D’abord, parce que les forces hostiles au CPE ne demandent ni plus ni moins que son retrait

Ensuite, parce que l’on ne voit guère de compromis possible avec des organisations aussi éloignées du fonctionnement de l’économie réelle. C’est ainsi, que Bruno Julliard, président de l’UNEF, explique dans Libération que les jeunes qui ont aujourd'hui dix-huit ans sont menacés d’avoir à travailler jusqu’en 2055, et qu’une vraie réforme devrait permettre de «construire mieux et plus» car «la richesse n’a jamais été aussi mal répartie». Il faudrait selon lui «remettre en cause le primat du profit sur la vie humaine», mettre en place une allocation d’autonomie pour tous et planifier les besoins économiques contre les logiques de «rentabilité immédiate».


Les organisations syndicales ne sont pas en reste si l’on en juge par exemple par la CGT qui propose rien de moins qu’ « une indemnisation à 80% du SMIG pour tous les primo demandeurs d’emploi et une indemnisation équivalente à 80% du salaire sans indemnisation de temps pour tous les salariés licenciés dans la perspective d’une indemnisation à 100%, (voir : Courage fuyons) sans parler de la suppression des CDD et de la taxation des licenciements (idée curieusement reprise par l’UMP)

Au surplus on peut s’interroger sur la faible représentativité des dits partenaires sociaux dans la mesure ou le CPE s’adresse aux jeunes les moins qualifiés à la recherche d’un emploi qui sont – c’est le moins que l’on puisse dire – les laissés pour compte d'organisations syndicales plus volontiers tournées vers la défense des salariés de la fonction publique ou des salariés à plein temps des grandes entreprises.

C’est assurément une erreur que de vouloir dans l’état actuel de la culture du syndicalisme français élaborer conjointement les réformes nécessaires avec les organisations syndicales. Paraphrasant la célèbre pensée «qu’est ce qu’un dromadaire si ce n’est un cheval dessiné par une commission» nous nous étions déjà moqués des bonnes idées de réformes qui après une longue concertation avec les syndicats dégénéraient en "réformes dromadaires" inappropriées et inefficaces.

Comme vient de le noter Pierre Manent «la concertation érigée en dogme a contribué à la paralysie du gouvernement représentatif». Si un dialogue avec l’opinion et les syndicats n'est pas en soit inutile, il n’en reste pas moins qu’il est nécessaire de redéfinir les rôles de chacun. Aux hommes politiques de définir un programme de se faire élire et de le mettre en oeuvre (le plus rapidement possible au lendemain des élections car les réformes les plus courtes sont aussi les meilleures). Aux partenaires sociaux, à l’intérieur d’un espace contractuel qui leur est propre (et qui reste à redéfinir) de négocier contrats, conventions collectives et institutions paritaires.

Aussi aujourd’hui, plutôt que de chercher à engager d’impossibles négociations, le gouvernement serait mieux avisé à préciser le mode d’emploi du CPE et notamment - comme nous l’avons souvent souligné ici même – d’expliquer que dans le cadre de la procédure simplifiée de rupture du CPE, il est bien entendu souhaitable d’exprimer un motif valable. D’abord, parce que celui-ci existe dans tous les cas (une entreprise ne licencie pas sans motif) ; ensuite parce qu’un tel motif est en fait nécessaire puisqu’il devra être justifié devant les tribunaux en cas de litige. De leur coté les organisations patronales devraient s’engager sur un tel mode d’emploi.

Voilà qui à ce stade ne résoudrait pas tous les problèmes politiques posés par le CPE mais contribuerait grandement à dissiper d’inutiles malentendus.

Pour aller plus loin, il faut aussi répondre aux inquiétudes qui se font jour derrière le mouvement anti-CPE, tout particulièrement chez les étudiants. L’inquiétude d’une jeunesse aux diplômes déqualifiés, condamnée à la précarité, ayant à supporter le fardeau des dettes léguées par leurs aînés et dont les chances de promotions sociales sont bien inférieures à celles de la génération qui les a précédée. Ces problèmes ne sont pas sans solutions, fort heureusement. Ils passent par un retour à une très forte croissance créatrice d’emplois et donc par une confiance retrouvée dans l’économie de marché, les bienfaits de la concurrence et du libre échange, la reforme fiscale pour encourager la création de richesses nouvelles.

Hélas, la sous-culture économique des Français, entretenue par la frilosité des réformes et l’exaltation du protectionnisme de la droite, ne favorise guère une telle prise de conscience. Ni aujourd’hui, ni hélas pour les toutes proches élections de 2007

Alain Madelin

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

CPE : le vrai dommage collatéral
Les chefs d’entreprises d’Ethic (Entreprises de Taille Humaine indépendantes et de croissance) regrettent que la violence des réactions contre le CPE se soit transformée en violence contre les entreprises. Ils dénoncent aujourd’hui dans un communiqué de presse les conséquences catastrophiques du mouvement anti-CPE sur l’image des entrepreneurs.
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Exception culturelle
On ne peut que constater aujourd’hui le grand décalage qui existe entre l’opinion française et la culture de l’économie de marché. A la question « le système de la libre entreprise et de l’économie de marché est-il le meilleur pour l’avenir ?» la France est le seul pays, sur les 20 sondés, dans lequel la majorité de la population se déclare hostile à l’économie de marché ( seul 36% des Français estiment que l’économie de marché constitue le meilleur système pour l’avenir). Tel est le principal enseignement de l'enquête réalisée il y a quelques mois par l'institut de sondage international GlobalScan pour le compte de l'université du Maryland :
En tête la Chine est à 74% favorable à l’économie de marché, puis les Philippines 73%, les Etats-Unis 71%, la Corée du Sud 70%, l'Inde 70%, l'Indonésie 68%, la Grande-Bretagne 67%, le Nigéria 66%, le Canada 65%, l'Allemagne 65%, l'Espagne 63%, la Pologne 63%, le Mexique 61%, l'Italie 59%, le Kenya 59%, le Brésil 55%, la Turquie 47%, la Russie 43%, l'Argentine 42% et la France 36%.


>> HUMEUR :
Pendant que Bruno Julliard (président de l'Unef - syndicat étudiant de gauche) fait mumuse en mettant des lycéens et des étudiants dans la rue, un maire de Haute-Loire s'oppose aux lycéens anti-CPE de sa commune qui avaient bloqué un rond-point. Informée de la situation, madame Arlette Arnaud-Landau, maire du Puy en Velay, prit sa voiture pour se rendre sur les lieux. Sur place, madame le maire mit une fessée verbale à ces lycéens bloqueurs de circulation, leur disant qu'ils empêchaient les gens d'aller travailler et les services municipaux de prendre soin de cette bonne ville de Haute-Loire. Or, Madame Arlette Arnaud-Landau en plus d'être maire socialiste est aussi mère de famille. Et oui, il s'agit de la maman de Bruno Julliard. Justice soit rendue au Canard Enchaîné qui a révélé cette information dans ces colonnes, le 22 mars 2006.

>> LE CHIFFRE >> LA CITATION

1 million

Les étudiants manifestent dans la rue contre le CPE alors même que les jeunes de banlieues, premiers bénéficiaires de ce contrat, désespèrent de trouver un emploi. A l’autre extrémité, un million de jeunes de moins de 35 ans ont quitté la France pour aller chercher fortune ailleurs, ce qui représente une augmentation de 40% en dix ans.


"Une fois
que le bateau
a coulé,
tout le monde
sait comment
on aurait pu
le sauver"


Proverbe italien


A LIRE
Les apports de l’école autrichienne d’économie
de Thierry Aimar,
Vuibert
Du bon usage
de la guerre civile
en France
de Jacques Marseille
Perrin
L’école autrichienne d’économie a subi en France une politique démagogique faite d’amalgames et de caricatures par tous ceux qui s’attaquent au libéralisme. Pour la première fois, un ouvrage en français de Thierry Aimar, professeur d’économie, propose une analyse pédagogique et constructive sur la nature spécifique de la problématique autrichienne. Exposant les différentes étapes de la construction de l’édifice théorique de Mises à Rothbard, de Hayek à Kirzner, en passant par Lachman, l’auteur offre ainsi à tous un outil éclairant sur les débats économiques contemporains.
La France a connu des crises sociales qui ont constitué des tournants majeurs pour le pays. Jacques Marseille, professeur d’histoire économique, les analyse et démontre leur rôle moteur dans notre façon d’accomplir les «ruptures». Il nous permet de comprendre les enjeux de ces guerres et fait un parallèle avec notre époque. Jacques Marseille nous livre une «leçon» d’histoire sur les blocages et les attitudes des Français face à un modèle dépassé et l’auteur de conclure: «ça va péter !».



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