La Lettre des Cercles Libéraux, du 4 novembre 2005

Vivement la crise
Déficits persistants, panne de réformes libérales, croissance molle...
La crise de l’Europe et de l’euro s’annonce.

Paraphrasant une maxime célèbre, on pourrait dire «Ce n’est pas parce que l’on mène une politique libérale que les choses sont difficiles, mais que les choses sont de plus en plus difficiles parce que l’on tarde à mener des politiques libérales». Et hélas, les résultats des élections en Allemagne et en Pologne, les peurs de l’opinion française incitent la droite à être plus que jamais timorée vis à vis d’idées libérales qui n’ont jamais vraiment été les siennes.
Comme vient de l’écrire Raymond Barre «La France n’est pas libérale. Sa tradition est protectionniste et dévaluationniste : c’est la recherche de la sécurité intérieure et des ballons d’oxygène sur le plan monétaire» celui-ci ajoute avec sagesse «Mais qu’ils le veulent ou non, quels que soient les artifices de langage qu’ils utiliseront, le monde depuis la chute du bloc soviétique évolue vers l’économie libérale d’entreprise et de marché : la France devra bien y passer. Plus nous attendrons, plus ce sera pénible à supporter lorsque le règlement final se produira». Fort heureusement dans le monde d’aujourd’hui, une politique «illibérale» n’est pas soutenable. La France ne pourra pas continuer longtemps à accumuler les déficits, à reporter ses dépenses d’aujourd’hui (fonctionnement de l’Etat, assurance maladie...) sur les générations futures. Rappelons qu’à partir du 28 octobre l’Etat vit à crédit.

Avec la disparition du franc et l’arrivée de l’euro «les ballons d’oxygène monétaire dévaluationnistes» dont parle Raymond Barre ne sont plus possibles. Et si pour mettre en oeuvre l’euro les pays participants ont fait preuve de vertu dans la convergence de leurs politiques il n’en est plus de même aujourd’hui. On peut même dire que l’euro est devenu le parapluie qui protége les mauvaises politiques économiques des tempêtes financières. Assurément les politiques menées en France et en Allemagne ces dernières années auraient depuis longtemps été sanctionnées et corrigées par les marchés financiers (hausse des taux d’intérêt et dévaluation) si on en était resté au Franc et au Deutschemark.


Comme l'a souligné le rapport Camdessus, nous avons besoin d'une thérapie de choc. Il nous faut une politique agressive de libération de l'économie qui, seule, nous permettra d'atteindre un niveau de croissance forte et même d'hyper croissance nécessaire pour nous sortir du piège de l'endettement public, du chômage persistant et faire face sans drame à nos échéances sociales. L’Europe pourrait nous y aider car assurément elle a été jusqu’à présent un formidable levier pour forcer la France à engager les réformes libérales qu’elle est incapable de promouvoir d’elle-même.

Hélas, nous persistons à faire un mauvais usage de l'Europe : au lieu d'en faire le levier des réformes en France, on en fait le bouc émissaire de notre impuissance publique.

En refusant lors de la campagne du référendum de faire une pédagogie de la modernité libérale et des changements nécessaires, en faisant une attaque en règle contre une Europe trop libérale et en faisant écho aux thèses les plus radicales des écologistes, des antimondialistes, en épousant les rhétoriques les plus à gauche sur les délocalisations, le dumping social, le dumping fiscal ou le dumping écologique, on ne pouvait que saper les bases des réformes nécessaires.

Mais comme nous l’avons souvent souligné dans cette lettre si l’on a une rigidité monétaire, il nous faut une très grande souplesse économique. Si l’on veut maintenir les rigidités de nos vieux Etats providence, il nous faut une souplesse monétaire.

Résultat : la zone euro se compose aujourd’hui d’un étonnant cocktail de politiques divergentes, croissance, inflation, maîtrise des dépenses publiques. Une telle situation ne peut déboucher que sur une crise financière et politique. Et l’on peut même penser qu’une telle crise est nécessaire pour dessiller les yeux des politiques et réveiller leurs ardeurs réformatrices

Alain Madelin



Ma réforme....au Canada
Dominique de Villepin a consacré, la semaine dernière, sa cinquième conférence de presse mensuelle à «la réforme de l’Etat». Des mesures intéressantes qui vont dans le bon sens mais la droite manque toujours de vision d’ensemble et de méthode. (Voir le discours du Premier ministre et notre dossier sur la réforme l’Etat). Dominique de Villepin, s’il n’avait annulé son voyage à la dernière minute, aurait dû se rendre au Canada. Une référence en matière de réformes.
Voir notre dossier sur la réforme de la fonction publique au Canada

Echec libéral en Pologne
Après l’échec du libéral Donald Tusk en Pologne lors des dernières élections présidentielles et le relatif échec d’Angela Merkel en Allemagne, notre ami Jean-Paul Oury (Le Cercle de Nancy), nous livre une analyse très intéressante. On voit naître partout en Europe une nouvelle profession : celle «d’exorcistes politiques, spécialisée dans la chasse au libéralisme. La recette semble bien établie : se faire élire en faisant peur.» Jean-Paul Oury tire quelques leçons pour l’avenir du libéralisme en Europe «c’est en faisant peur à la peur du libéralisme » que nous réussirons à chasser tous les fantômes, les démons et les diables qui continuent de hanter les machines étatiques de l’Europe toute entière». «Notre stratégie de communication pour vendre le libéralisme sera de « tuer une peur par une peur plus grande» : celle de la mortalité de l’Etat providence ; puis de la mortalité, nous passerons à la diabolisation... »
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Libertés menacées
Notre ami Jean-Philippe Feldman s’affiche de plus en plus comme le meilleur défenseur des libertés individuelles menacées par la fièvre législative et réglementaire.
Google et la liberté : quand Jean-Noël Jeanneney défie le bon sens
Une VIème République ou une Vème bis ?
Les limitations de vitesse en question



HUMEUR Y a-t-il un service minimum du communisme ?

La question est posée depuis que le député Maxime Gremetz, le dernier représentant du communisme «traditionaliste» a sanctionné ses attachés parlementaires. Parmi les raisons invoquées, ceux-ci avaient déposé un préavis de grève pour pouvoir participer à une manifestation. Réponse de Maxime Gremetz : «Il faut assurer un service minimum à la permanence!».


LE CHIFFRE CITATION

90%

Un bon exemple de l’économie mondiale du savoir : aux Etats-Unis, 90% des produits de SIEMENS ont moins de trois ans (45 000 ingénieurs).
«On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées.»
Victor Hugo

Améliorer la productivité scolaire
Jacques Bichot rappelle dans un article, paru dans les Echos du 02 novembre, l’urgence pour l’Etat de rentabiliser les 10 milliards d’euros annuel investis dans notre système éducatif ( plus de 20% du déficit public).
Plus que des solutions simplistes, c’est un état des lieux instructif qui nous est proposé. « La rentabilité de l'investissement éducatif n'est pas moins vitale que celle des autres investissements » c’est pourquoi Jacques Bichot propose que la productivité scolaire fasse l’objet « d’études approfondies, par exemple sous l’égide du nouveau Haut Conseil de l’école.»
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Capitalisme
Un récent sondage vient de nous montrer que le capitalisme n’a pas la cote en France.
Dommage, c'est ce qu'explique notre Jean-Pierre Chevalier, Economiste.
«Richesse des nations et capitalisme – Américains riches et capitalistes contre Français pauvres et antilibéraux.»
  Institut Turgot
L’Institut Turgot s’affirme de plus en plus comme le vrai think-tank de la pensée libérale la plus authentique. A signaler l’étude sur la réforme de la Sécurité sociale, "Santé publique, santé en danger" qui sera publiée, le 9 décembre 2005.
Lire la préface de Pascal Salin et Henri Lepage

La Cour des comptes pointe la mauvaise gestion des transports publics urbains
A l’heure des grèves à la RTM, il est utile de se replonger dans le rapport très critique que la Cour des comptes a publié en avril dernier sur la politique conduite depuis des années en faveur des transports collectifs en France. Le rapport propose plusieurs pistes dont la mise en concurrence plus systématique des opérateurs.
Voir le Rapport de la Cour des comptes sur « les transports publics urbains » (avril 2005)

A LIRE 
Cet Etat qui tue la France
par Nicolas Lecaussin, chez Plon
Nicolas Lecaussin, responsable de la revue de l’Institut français pour la recherche sur les administrations publiques (Ifrap), dresse dans son dernier ouvrage «Cet Etat qui tue la France» un constat accablant sur les tentatives de modernisation de l’Etat français.
Il résulte de son enquête approfondie sur les multiples causes de cet échec français que les pays qui réussissent sont ceux qui contiennent et réduisent la sphère de l’Etat. En conséquence il propose que «l’Etat abandonne ses prérogatives comme elle l’a fait dans d’autre pays».

L
e libéralisme entre la droite et la gauche
Vous apprécierez la réflexion de notre ami Patrice Vezine, qui défend la place du libéralisme sur l’échiquier politique français.
«Ce libéralisme, si décrié, si mal compris, si mal expliqué et jamais appliqué en France, est malheureusement au centre des intérêts catégoriels au lieu d'être à la place qu'il mérite, c'est à dire celle d'une alternative populaire au centre de notre vie politique.»
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