Richesse des nations et capitalisme : Américains riches et capitalistes contre Français pauvres et antilibéraux

La richesse d'une nation et de ses habitants dépend des revenus tirés du travail courant et du travail antérieur dont le produit a été fructifié, c'est à dire épargné puis investi pour former un capital accumulé. Les Américains continuent à travailler normalement (1 800 heures par an en moyenne) avec des gains de productivité normaux de 2,5 % par an (la croissance du PIB est donc à son potentiel optimal de 3,5 % depuis la fin de la Seconde guerre mondiale), mais ils bénéficient en outre d'un avantage supplémentaire : le capital joue depuis longtemps un rôle… capital. En effet, les nouveaux entrepreneurs trouvent facilement les capitaux nécessaires à leurs projets auprès des Business Angels, puis, en cas de succès, le capital risque prend le relais car les besoins de financement des entreprises en croissance sont toujours très importants.

Les marchés de capitaux se sont développés, en particulier grâce à l'épargne des Américains qui est considérable, car leurs revenus sont très élevés (du fait de la quantité de travail qu'ils fournissent depuis toujours et des gains de productivité). Le système est donc parfaitement cohérent. Il repose pour l'essentiel sur les bénéfices des entreprises qui doivent être les plus élevés possible. Ils dépendent en particulier de… la modération salariale ! En effet, si les Américains obtiennent des augmentations de salaires supérieures à la hausse du niveau général des prix, les entreprises ne peuvent plus répercuter ces coûts supplémentaires dans leurs prix car la concurrence est devenue très forte dans les économies qui sont maintenant très ouvertes. Leurs bénéfices baissent alors et de telles entreprises sont condamnées à disparaître, ce qui est déjà arrivé pour Pan Am, TWA, etc.

Les Etats-Unis sont maintenant dans une situation optimale : les salaires réels baissent de 2,3 % d'une année sur l'autre, ce qui permet aux bénéfices d'augmenter de 15 % (d'une année sur l'autre) pour le plus grand bénéfice… des Américains eux mêmes qui les récupèrent directement (en gérant leur propre patrimoine) et indirectement par l'intermédiaire de leur épargne placée dans les fonds de pension et dans d'autres dispositifs analogues. Les capitalistes ne sont pas les riches qui appauvrissent le peuple selon la propagande antilibérale qui sévit en France, mais les 300 millions d'Américains qui disposent de capitaux qui créent de la valeur car ils sont investis dans les entreprises. Ces capitaux proviennent des revenus du travail des 142 millions d'Américains qui en épargnent une partie importante pour l'investir.

La part des salaires dans le PIB des Etats-Unis est tombée de 54 % en 1970 à 46 % depuis 2003 alors que les cash flows sont passés de 7 % à plus de 10 % du PIB, totalisant 1 300 milliards de dollars sur les 12 derniers mois. Ils sont distribués pour moitié sous la forme de dividendes (520 milliards de dollars) versés finalement aux Américains, et pour l'autre moitié, ils financent ces entreprises qui créent les richesses qui procureront à l'avenir des revenus supplémentaires aux retraités.

Les Américains tirent donc moins de la moitié du PIB de leur propre travail actuel, les autres revenus proviennent essentiellement du capital qu'ils ont accumulé en travaillant précédemment et qu'ils font fructifier en l'investissant. Si la tendance se poursuit à l'avenir, les salaires fourniront moins de 40 % du PIB en 2050.

Les bénéfices des entreprises, du moins celles qui sont cotées en bourse, augmentent de 7 % par an en moyenne depuis un demi-siècle, plus rapidement que le PIB nominal (lorsqu'il n'y a pas d'inflation) et plus rapidement que la hausse des salaires courants. Il est donc essentiel de contenir les augmentations de salaires pour que l'inflation ne réapparaisse pas et pour que la hausse des cash flows reste élevée car ce sont ces bénéfices qui conditionnent finalement la croissance. Les Américains ont bien compris que le capitalisme libéral est social.

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Les chiffres relatifs aux salaires réels correspondent à ce que les salariés perçoivent (wages and salaries) en dollars constants, c'est à dire ce qu'on appelle le salaire brut en France. Les assurances santé et les provisions pour les compléments de retraite payés par les employeurs (benefit costs) ne sont pas inclues dans ces chiffres. Elles ont augmenté de 0,4 % en septembre par rapport à l'année précédente. Les coûts salariaux réels (compensation costs) équivalant à notre coût total employeur, ont donc baissé de 1,5 % en un an.

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Les dépôts des ménages américains dans les caisses d'épargne (5 300 milliards de dollars dans l'agrégat M2-M1) ont un rendement faible. En effet, une partie importante ne peut pas être réinjectée dans le circuit économique car ils sont à maturité zéro. Le dispositif le plus performant est constitué par les fonds de pension (plus de 9 000 milliards de dollars). La quasi totalité de cette épargne ainsi collectée est investie (en respectant les règles prudentielles qui s'imposent) en partie dans les entreprises qui augmentent ainsi leurs capitaux propres.

Sources : Bureau of Economic Analysis, Department of Labor, Fred de Saint Louis.

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La plupart des Français sont persuadés que le capitalisme libéral doit être combattu. Ainsi, les titulaires de capitaux sont lourdement imposés et vilipendés alors que le capital est rare, cher et indispensable. Les Business Angels sont quasiment inexistants car ils sont lourdement pénalisés. Les fonds de pension sont interdits alors que c'est un excellent moyen pour renforcer les capitaux propres des entreprises et le seul et unique moyen de maximiser les revenus des retraités.

Par ailleurs, la plus grande partie de l'épargne des Français n'est pas réinvestie car elle finance en réalité le fonctionnement d'administrations comme le montre clairement une étude de Sandrine Gorreri publiée en mars 1999 par l'iFRAP. En effet, cette épargne est dirigée depuis des décennies, non pas vers le financement des entreprises qui créent de la valeur par leurs investissements, mais dans les gigantesques usines à gaz de l'Etat qui… ne brassent que de l'air. Ainsi par exemple, 22,8 % seulement des dépôts en épargne logement sont effectivement prêtés, le reste étant dilapidé par diverses administrations !

Heureusement, les capitaux nécessaires au financement des entreprises en France proviennent de l'extérieurs : ce sont ceux des Français expatriés (essentiellement pour des raisons fiscales) et surtout ceux des investisseurs américains, en particulier des fonds de pension. Ainsi, des non-résidents français possèdent une grande partie du capital des entreprises françaises les plus performantes, des PME (comme par exemple presque tout le décolletage et la sous-traitance aéronautique) aux sociétés du CAC 40.

Les marchés ont contourné les obstacles fiscaux français : l'épargne intérieure ne finançant pas les besoins des entreprises françaises, ce sont les capitaux venus de l'extérieur, et en particulier des Etats-Unis qui les financent… à leur profit. En effet, les bénéfices réalisés en France reviennent à leurs propriétaires légitimes qui sont pour une grande part des investisseurs américains. Ainsi par exemple, le programme de l'avion gros porteur A380 d'Airbus n'est pas rentable, mais les fournisseurs dégagent des bénéfices confortables. Ce sont pour la plupart des firmes américaines comme General Electric et des PME françaises rachetées par des investisseurs américains. Les bénéfices de ces capitaux américains retournent finalement dans le patrimoine des 300 millions d'Américains pour leur plus grande satisfaction ! Ainsi s'explique qu'une partie de plus en plus importante du PIB des Etats-Unis provienne des revenus du capital alors que la part des salaires diminue.

L'écart entre la France et les Etats-Unis s'accentue. Ce sera pire à l'avenir. Les Français s'acharnent à refuser le capitalisme libéral qui seul est performant. Ils sont libres et responsables… Tant pis pour eux ! Tant pis pour nous !

Jean-Pierre CHEVALLIER
Economiste