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Liberal’oween
:
leçon sur la peur
du libéralisme en Europe
Après
l’échec du libéral Donald Tusk en Pologne lors des
dernières élections présidentielles, notre ami Jean-Paul
Oury (Le Cercle de Nancy), nous livre une analyse très intéressante
du relatif échec d’Angela Merkel en Allemagne. On voit naître
partout en Europe une nouvelle profession : celle « d’exorcistes
politiques », spécialisée dans la chasse au libéralisme.
La recette semble bien établi : se faire élire en faisant
peur.
Jean-Paul Oury tire quelques leçons pour l’avenir du libéralisme
en Europe « c’est en faisant peur à la peur du libéralisme
» que nous réussirons à chasser tous les fantômes,
les démons et les diables qui continuent de hanter les machines
étatiques de l’Europe toute entière. » «
Notre stratégie de communication pour vendre le libéralisme
sera de « tuer une peur par une peur plus grande » : celle
de la mortalité de l’Etat providence ; puis de la mortalité,
nous passerons à la diabolisation... ».
Malheureusement il n’y a pas eu
51% de libéraux polonais pour voter Donald Tusk en Pologne et c’est
une défaite qui concerne tous les libéraux européens.
En effet, la chance de voir un libéral « pur jus »
accéder au deuxième tour d’une élection et
d’être crédité jusqu’à 64 % d’intentions
de vote favorables entre les deux tours dans un pays européen,
est comparable à celle de pouvoir assister à une éclipse
solaire.
Histoire
d’une coalition avortée
C’est d’autant plus dommage que cet événement,
suffisamment remarquable pour ne pas avoir attiré l’attention
de notre chère presse nationale, aurait pu avoir lieu dans un ex-pays
communiste. Et d’autant plus grave, que la grande coalition qui
devait voir le jour entre PiS (droit et justice), le parti de Lech Kaszczynski
et PO (Plateforme civique), le parti de Donald Tusk, a définitivement
avorté, à la suite d’un processus de négociation
post-électoral en dents-de-scie. Ce qui peut paraître surprenant,
car comme on pouvait le lire dans un article de Wyborcza, « la coalition
PO-PIS était ferme comme un contrat bancaire et en peu de temps,
elle s’est écroulée comme un château de carte
» (28-10-2005). PiS a fait mine de tendre la main à PO et
le Premier ministre Kazimierz Marcinkiewicz a proposé un nouveau
contrat à PO, afin de rouvrir les négociations. Ce contrat
prévoyait une révision des tranches d’imposition et
de la TVA. Il proposait également de donner le ministère
de la santé au cardiologue Zbigniew Religa, membre du comité
d’honneur de Donald Tusk pendant la campagne électorale.
Cette « apparente bonne volonté » n’a servi à
rien et Marcinkiewicz a du présenter lundi son gouvernement minoritaire,
dans lequel se trouve le professeur Religa, mais à titre indépendant
et non missionné avec le programme de PO. Pourquoi PO a-t-elle
alors refusé tout compromis ? Tout d’abord Tusk a reconnu
la tentative du Premier ministre, mais il a dénoncé l’absence
de loyauté des frères Kaczynski qui, tout en donnant l’impression
de vouloir partager le pouvoir avec PO ont tout fait pour l’écarter
(Wyborcza, 30-10-2005). En effet, aujourd’hui, la droite conservatrice,
puisque c’est d’elle qu’il s’agit, a préféré
faire alliance avec le parti « Self-défense » du populiste
Andrzej Lepper (un mélange de Bové et Lepen) et la ligue
des familles polonaises du très catholique Roman Giertych. Aussi,
Tusk a été très clair sur les principes : «
Les discussions entre PO et PiS pourront aboutir si dans notre dos, notre
partenaire ne traite pas avec Andrzej Lepper. »
Donald Tusk et Jan Rokita (le numéro deux de PO) ne souhaitent
donc pas se compromettre en participant à une coalition dont le
programme « social » est totalement irréaliste pour
un pays comme la Pologne. Ils souhaitent encore moins se rendre complice
d’une équipe qui donnerait du pouvoir à un iconoclaste
qui décrédibilise le pays aux yeux du monde. Aussi, d’après
une déclaration de Tusk au journal Gazeta Wyborcza, ce plan d’action
aurait été planifié par les frères Kaszczinski
dès le départ : ils n’auraient jamais eu l’intention
de travailler avec PO, et leur objectif aurait été d’instituer
une coalition nationale et populiste avec pour but de changer les termes
du contrat qui lie la Pologne à l’Europe.
Retour vers
la vieille Europe ?
Certains diront que ce résultat n’a rien d’étonnant,
étant donné, l’histoire récente de la Pologne
et le fait qu’il y a seize ans de cela, ce pays était encore
sous la férule de l’empire soviétique. Comment aurait-elle
pu se donner à un gouvernement libéral si rapidement ? C’était
faire preuve de naïveté que d’y croire. Aussi, la raison
veut que l’on se rende au réalisme politique. Pourtant quarante-cinq
pour cent des voix, c’est déjà quelque chose, surtout
quand cinquante pour-cent des électeurs s’abstiennent. Et
puis, la carte des votes montre clairement qu’il y a deux Pologne,
celle de l’Ouest, plus industrielle, qui était largement
favorable à Tusk et celle de l’Est, plus pauvre, qui était
largement pour Kaszczinski. Enfin, il y a la Pologne des villes et celle
des champs ; la Pologne des jeunes et des anciens. Quand on sait que Tusk
a fait 54% à Varsovie, la ville où Kaszczynski est maire,
on se pose des questions… Donc, la défaite de Tusk n’a
rien à voir avec le fait que la Pologne soit une trop jeune démocratie,
comme certains nous l’ont suggéré. Il n’était
pas naïf de croire en la victoire du libéralisme. Si d’ailleurs,
une telle explication était valable, il y a longtemps que nous
aurions eu un parti libéral au second tour des élections
en France.
C’est bien au contraire la jeunesse de sa démocratie qui
a permis un phénomène que l’on ne saurait voir avant
longtemps dans notre vieille République. D’ailleurs pour
ceux qui en douteraient, il est évident que, tout en ayant conservé
des tares de sa culture communiste, l’ex-président Kwaszniewski
a fait passer des mesures beaucoup plus libérales pour son pays
que n’importe quel gouvernement de droite en France. Sans cela,
le pays n’aurait pas connu le développement qu’il a
connu ces dernières années et les investisseurs étrangers
ne se seraient pas rués sur ce nouveau marché entièrement
ouvert à la concurrence comme ils l’ont fait. Donald Tusk
était l’emblème de cette « jeune génération
qui veut réussir » et qui a forgé ses valeurs sur
le modèle américain de l’ascenseur social. Dans son
programme électoral, il aimait dire que « ce n’est
pas à l’Etat de mettre une laisse au citoyen, mais au politique,
de mettre une laisse à l’Etat ». Aussi, son principal
objectif en véritable libéral, était de libérer
les énergies créatrices des individus : « les polonais
ont deux mains, ce n’est pas à l’Etat de les empêcher
de travailler. » Le débat qui l’opposait à son
rival tournait toujours autour de la même problématique héritée,
de ces deux militants issus de Solidarnosc : pour Tusk, la liberté
était la condition de la solidarité, et pour Kaszczynski,
c’était le contraire. Le premier avait été
adoubé par Lech Walensa, le second était honni de lui. C’est
derrière ce débat sur les fondamentaux, nous semble-t-il,
qu’il faut chercher une explication et tenter de tirer les leçons
pour l’avenir.
Potions obscurantistes
On rendra alors, cette fois, justice aux médias qui ont bien su
dire que les deux jumeaux vilains « petits canetons » (traduction
littérale de Kaszczynski) avaient fait une campagne de peur, tout
en promettant monts et merveilles aux polonais : assistance aux plus démunis,
interventionnisme étatique à tous les niveaux… On
retombe dans un mécanisme que l’on connaît bien ici
dans notre pays. On a même l’impression de revivre le scénario
du référendum : sauf qu’ici, ce n’étaient
pas Chirac ou Emmanuelli qui ont joué les exorcistes sur le thème
de « cet enfer sur terre que serait le libéralisme »,
mais radio Marija, la radio intégriste catholique la plus écoutée
de Pologne, autant dire, le premier pouvoir de Pologne. Donc Chirac, Bové,
Emmanuelli, Fabius, Jospin…. et radio Marjia, même combat
dans la chasse aux sorcières libérales !
On se rappellera également l’épisode encore tout frais
de Merkel en Allemagne : il a suffit d’une sortie de son fiscaliste
de Kirchhof surnommé le "Rambo des impôts" sur
la flat-tax (un taux d'imposition moyen de 25% au lieu des 15 à
42% actuels) pour que la chancelière perde presque les élections,
et jusqu’à aujourd’hui, on ne sait toujours pas si
elle les a gagnées. Difficile de croire que les allemands se soient
laissés effrayer par ce libéralisme diabolique et pourtant…
un doute d’on ne sait quelle nature, s’est emparé des
électeurs au dernier moment.
Mais rendons nous à l’évidence, il s’agit moins
d’une défaite supplémentaire du libéralisme
que d’une nouvelle victoire de l’obscurantisme. Le non français
au référendum, la courte victoire de Merkel et la défaite
de Tusk, peuvent être considérés comme trois victoires
de l’obscurantisme contre le libéralisme (dans le cas du
référendum, il s’agit surtout d’une victoire
du « non » sur la réputation usurpée du libéralisme
et la figure emblématique du Bolkenstein- Frankenstein). Car c’est
bien de cela qu’il s’agit. Les prophètes de malheur
ont très bien compris que le libéralisme était un
diable fort utile, contre lequel ils possèdent un remède
magique « le social ».
C’est ainsi que l’on voit naître partout en Europe une
nouvelle profession : celle d’exorcistes politiques, spécialisés
dans la chasse au libéralisme. Leurs deux armes favorites, le code
des impôts - un bréviaire plus épais que la Bible
avec lequel ils peuvent chasser le démon libéral du corps
envoûté en récitant quelques taxes - et le goupillon
avec lequel ils distribue des goûtes d’aide sociale, pour
protéger les fidèles.
Pauvres bougres de libéraux, pour des diables, ils ne sont pas
bien malins. Se faire prendre au piège ainsi trois fois de suite…
Il est toutefois une exception, ce diable de travailliste anglais, un
dénommé Blair, qui a été suffisamment roublard
pour se déguiser en socialiste. Voici donc peut-être une
piste : vous enfilez les oripeaux d’une Arlette Laguiller, puis
une fois au pouvoir, vous surgissez de votre boîte avec votre pistolet
anti-ISF à la main, par exemple. Attention en France, la formule
est inversée. C’est Docteur « Chi » qui se fait
élire par la droite et qui, une fois au pouvoir, laisse la parole
à Mister « Che ».
Revenons aux choses sérieuses, car la situation est grave et pas
seulement pour notre économie, elle l’est pour notre civilisation
européenne. Car comment prétendre que l’on gouverne
si l’on est élu par la peur ? Serait-on donc revenu à
Hobbes et son Etat Léviathan, le seul capable de protéger
ses citoyens contre cet autrui, qui n’est autre que ce loup-garou
de libéral (Homo Homini Lupus) ?
Libéraux
versus Conservateurs
Quel retour en arrière de notre civilisation et quelle angoisse
de penser que l’on ne peut même plus distinguer, la vieille
et la nouvelle Europe. Bien pire que cela : le dénommé Kaszczynski,
conservateur de droite est pour la peine de mort, contre l’avortement,
homophobe, pour un interventionnisme fort de l’Etat, eurosceptique,
nationaliste et veut organiser une chasse aux sorcières des anciens
dirigeants communistes…. En bref, il veut tout le contraire de ce
que voulait notre ami Donald, excepté peut-être sur la politique
extérieure. Il est vrai que certains libéraux, conservateurs
également, se reconnaîtront dans certaines de ses valeurs.
Le fait est qu’en libéral traditionnel, Donald Tusk veut
simplement limiter les pouvoirs de l’Etat. Par conséquent,
il ne veut pas donner à celui-ci des pouvoirs qui lui permettrait
de policer les individus sur leurs valeurs ou leurs croyances, d’où
l’incompatibilité idéologique avec une alliance Kaszczynski-Lepper.
A cela s’ajoute, bien évidemment, l’incompatibilité
des politiques fiscales et sociales. Le programme de PiS, c’est
toute une série de nouvelles taxes sur les biens fonciers et sur
les entreprises (pour ceux qui en douteraient, il suffit de voir les réactions
des marchés la semaine dernière, l’index WIG20 a perdu
1,6 % et l’Euro valait 4,02 zlotys le 28-10, certains prévoient
qu’il peut monter jusqu’à 4,15 avant la fin de l’année).
En refusant de pactiser avec ce « diable de Kaszczynski »
(et les gens de gauche devraient être d’accord sur ce point),
ce « business-angel » nommé Tusk ne prouve-t-il pas
alors à l’Europe entière que le libéralisme
est un humanisme ? On aurait pu avoir une expérience inédite
d’un premier président 100% libéral à la tête
d’une démocratie européenne, on risque de se retrouver
avec un gouvernement conservateur, populiste et lepperiste… et ne
rions pas de nos voisins : nous avons déjà les conservateurs,
aux prochaines élections il se pourrait bien que l’on récupère
les populistes et les lepénistes !
Solution
diabolique
Alors ces mauvaises expériences en poche, faisons tout pour éviter
ce genre de situation: prêchons la bonne parole libérale,
nous devons être entendu à gauche comme à droite !
Les libéraux ne sont pas des diables, Tusk n’a pas vendu
son âme. Il est resté fidèle à sa doctrine.
Il ne s’est pas corrompu dans le mensonge d’un gouvernement
paternaliste qui n’a su se faire élire qu’en propageant
le mensonge. Servons-nous de cet exemple, il est suffisamment pédagogique
pour expliciter nos valeurs et les vertus qui nous animent. Et surtout,
commençons par être fier d’être libéraux
: osons sortir le jour, raser les mûrs devient insupportable ! Cessons
de nous laisser impressionner par ce mot magique : « le social »
! Depuis un certain temps, les plus grandes plumes libérales s’éreintent
à démontrer – avec brio d’ailleurs - qu’une
politique libérale, est la condition de toute politique sociale.
Il faut réussir à vendre le libéralisme coûte
que coûte. Mais ne cherchons plus à nous justifier, personne
n’a le temps ni l’envie de nous écouter et surtout,
personne n’est obligé de nous croire. Puisque nos adversaires
nous font passer pour des diables, employons leurs méthodes. Propageons
la peur de l’Etat ! Le climat est suffisamment morose actuellement,
pour que notre message soit entendu. Notre stratégie de communication
pour vendre le libéralisme sera de « tuer une peur par une
peur plus grande » : celle de la mortalité de l’Etat
providence ; puis de la mortalité, nous passerons à la diabolisation.
Tuons nous à répéter que si nous ne réformons
pas l’Etat nous allons droit dans le mur. Camdessus, la cour des
comptes et l’OCDE ont pondu suffisamment de rapports pour nous soutenir.
Une solution bien simple et déjà à notre portée.
« C’est en faisant peur à la peur du libéralisme
» que nous réussirons à chasser tous les fantômes,
les démons et les diables qui continuent de hanter les machines
étatiques de l’Europe toute entière. Une leçon
que l’on peut méditer, de Paris à Varsovie, en passant
par Berlin… une méthode que seul un écossais est aujourd’hui
capable d’appliquer correctement.
Jean-Paul
Oury
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Toutes les informations sur la Pologne, sont issues de traductions libres
d’articles de Gazetta Wyborcza, de Wprost ou de reportages de la
télé privée d’information TVN 24.
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