La Lettre des Cercles Libéraux, du 4 novembre 2005

Vivement la crise
Déficits persistants, panne de réformes libérales, croissance molle...
La crise de l’Europe et de l’euro s’annonce.

Paraphrasant une maxime célèbre, on pourrait dire «Ce n’est pas parce que l’on mène une politique libérale que les choses sont difficiles, mais que les choses sont de plus en plus difficiles parce que l’on tarde à mener des politiques libérales». Et hélas, les résultats des élections en Allemagne et en Pologne, les peurs de l’opinion française incitent la droite à être plus que jamais timorée vis à vis d’idées libérales qui n’ont jamais vraiment été les siennes.
Comme vient de l’écrire Raymond Barre «La France n’est pas libérale. Sa tradition est protectionniste et dévaluationniste : c’est la recherche de la sécurité intérieure et des ballons d’oxygène sur le plan monétaire» celui-ci ajoute avec sagesse «Mais qu’ils le veulent ou non, quels que soient les artifices de langage qu’ils utiliseront, le monde depuis la chute du bloc soviétique évolue vers l’économie libérale d’entreprise et de marché : la France devra bien y passer. Plus nous attendrons, plus ce sera pénible à supporter lorsque le règlement final se produira». Fort heureusement dans le monde d’aujourd’hui, une politique «illibérale» n’est pas soutenable. La France ne pourra pas continuer longtemps à accumuler les déficits, à reporter ses dépenses d’aujourd’hui (fonctionnement de l’Etat, assurance maladie...) sur les générations futures. Rappelons qu’à partir du 28 octobre l’Etat vit à crédit.

Avec la disparition du franc et l’arrivée de l’euro «les ballons d’oxygène monétaire dévaluationnistes» dont parle Raymond Barre ne sont plus possibles. Et si pour mettre en oeuvre l’euro les pays participants ont fait preuve de vertu dans la convergence de leurs politiques il n’en est plus de même aujourd’hui. On peut même dire que l’euro est devenu le parapluie qui protége les mauvaises politiques économiques des tempêtes financières. Assurément les politiques menées en France et en Allemagne ces dernières années auraient depuis longtemps été sanctionnées et corrigées par les marchés financiers (hausse des taux d’intérêt et dévaluation) si on en était resté au Franc et au Deutschemark.


Comme l'a souligné le rapport Camdessus, nous avons besoin d'une thérapie de choc. Il nous faut une politique agressive de libération de l'économie qui, seule, nous permettra d'atteindre un niveau de croissance forte et même d'hyper croissance nécessaire pour nous sortir du piège de l'endettement public, du chômage persistant et faire face sans drame à nos échéances sociales. L’Europe pourrait nous y aider car assurément elle a été jusqu’à présent un formidable levier pour forcer la France à engager les réformes libérales qu’elle est incapable de promouvoir d’elle-même.

Hélas, nous persistons à faire un mauvais usage de l'Europe : au lieu d'en faire le levier des réformes en France, on en fait le bouc émissaire de notre impuissance publique.

En refusant lors de la campagne du référendum de faire une pédagogie de la modernité libérale et des changements nécessaires, en faisant une attaque en règle contre une Europe trop libérale et en faisant écho aux thèses les plus radicales des écologistes, des antimondialistes, en épousant les rhétoriques les plus à gauche sur les délocalisations, le dumping social, le dumping fiscal ou le dumping écologique, on ne pouvait que saper les bases des réformes nécessaires.

Mais comme nous l’avons souvent souligné dans cette lettre si l’on a une rigidité monétaire, il nous faut une très grande souplesse économique. Si l’on veut maintenir les rigidités de nos vieux Etats providence, il nous faut une souplesse monétaire.

Résultat : la zone euro se compose aujourd’hui d’un étonnant cocktail de politiques divergentes, croissance, inflation, maîtrise des dépenses publiques. Une telle situation ne peut déboucher que sur une crise financière et politique. Et l’on peut même penser qu’une telle crise est nécessaire pour dessiller les yeux des politiques et réveiller leurs ardeurs réformatrices

Alain Madelin



Ma réforme....au Canada
Dominique de Villepin a consacré, la semaine dernière, sa cinquième conférence de presse mensuelle à «la réforme de l’Etat». Des mesures intéressantes qui vont dans le bon sens mais la droite manque toujours de vision d’ensemble et de méthode. (Voir le discours du Premier ministre et notre dossier sur la réforme l’Etat). Dominique de Villepin, s’il n’avait annulé son voyage à la dernière minute, aurait dû se rendre au Canada. Une référence en matière de réformes.
Voir notre dossier sur la réforme de la fonction publique au Canada

Echec libéral en Pologne
Après l’échec du libéral Donald Tusk en Pologne lors des dernières élections présidentielles et le relatif échec d’Angela Merkel en Allemagne, notre ami Jean-Paul Oury (Le Cercle de Nancy), nous livre une analyse très intéressante. On voit naître partout en Europe une nouvelle profession : celle «d’exorcistes politiques, spécialisée dans la chasse au libéralisme. La recette semble bien établie : se faire élire en faisant peur.» Jean-Paul Oury tire quelques leçons pour l’avenir du libéralisme en Europe «c’est en faisant peur à la peur du libéralisme » que nous réussirons à chasser tous les fantômes, les démons et les diables qui continuent de hanter les machines étatiques de l’Europe toute entière». «Notre stratégie de communication pour vendre le libéralisme sera de « tuer une peur par une peur plus grande» : celle de la mortalité de l’Etat providence ; puis de la mortalité, nous passerons à la diabolisation... »
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Libertés menacées
Notre ami Jean-Philippe Feldman s’affiche de plus en plus comme le meilleur défenseur des libertés individuelles menacées par la fièvre législative et réglementaire.
Google et la liberté : quand Jean-Noël Jeanneney défie le bon sens
Une VIème République ou une Vème bis ?
Les limitations de vitesse en question



HUMEUR Y a-t-il un service minimum du communisme ?

La question est posée depuis que le député Maxime Gremetz, le dernier représentant du communisme «traditionaliste» a sanctionné ses attachés parlementaires. Parmi les raisons invoquées, ceux-ci avaient déposé un préavis de grève pour pouvoir participer à une manifestation. Réponse de Maxime Gremetz : «Il faut assurer un service minimum à la permanence !».


LE CHIFFRE CITATION

90%

Un bon exemple de l’économie mondiale du savoir : aux Etats-Unis, 90% des produits de SIEMENS ont moins de trois ans (45 000 ingénieurs).
«On résiste à l’invasion des armées, on ne résiste pas à l’invasion des idées.»
Victor Hugo

Améliorer la productivité scolaire
Jacques Bichot rappelle dans un article, paru dans les Echos du 02 novembre, l’urgence pour l’Etat de rentabiliser les 10 milliards d’euros annuel investis dans notre système éducatif ( plus de 20% du déficit public).
Plus que des solutions simplistes, c’est un état des lieux instructif qui nous est proposé. « La rentabilité de l'investissement éducatif n'est pas moins vitale que celle des autres investissements » c’est pourquoi Jacques Bichot propose que la productivité scolaire fasse l’objet « d’études approfondies, par exemple sous l’égide du nouveau Haut Conseil de l’école.»
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Capitalisme
Un récent sondage vient de nous montrer que le capitalisme n’a pas la cote en France.
Dommage, c'est ce qu'explique notre Jean-Pierre Chevalier, Economiste.
«Richesse des nations et capitalisme – Américains riches et capitalistes contre Français pauvres et antilibéraux.»
  Institut Turgot
L’Institut Turgot s’affirme de plus en plus comme le vrai think-tank de la pensée libérale la plus authentique. A signaler l’étude sur la réforme de la Sécurité sociale, "Santé publique, santé en danger" qui sera publiée, le 9 décembre 2005.
Lire la préface de Pascal Salin et Henri Lepage

La Cour des comptes pointe la mauvaise gestion des transports publics urbains
A l’heure des grèves à la RTM, il est utile de se replonger dans le rapport très critique que la Cour des comptes a publié en avril dernier sur la politique conduite depuis des années en faveur des transports collectifs en France. Le rapport propose plusieurs pistes dont la mise en concurrence plus systématique des opérateurs.
Voir le Rapport de la Cour des comptes sur « les transports publics urbains » (avril 2005)

A LIRE 
Cet Etat qui tue la France
par Nicolas Lecaussin, chez Plon
Nicolas Lecaussin, responsable de la revue de l’Institut français pour la recherche sur les administrations publiques (Ifrap), dresse dans son dernier ouvrage «Cet Etat qui tue la France» un constat accablant sur les tentatives de modernisation de l’Etat français.
Il résulte de son enquête approfondie sur les multiples causes de cet échec français que les pays qui réussissent sont ceux qui contiennent et réduisent la sphère de l’Etat. En conséquence il propose que «l’Etat abandonne ses prérogatives comme elle l’a fait dans d’autre pays».

L
e libéralisme entre la droite et la gauche
Vous apprécierez la réflexion de notre ami Patrice Vezine, qui défend la place du libéralisme sur l’échiquier politique français.
«Ce libéralisme, si décrié, si mal compris, si mal expliqué et jamais appliqué en France, est malheureusement au centre des intérêts catégoriels au lieu d'être à la place qu'il mérite, c'est à dire celle d'une alternative populaire au centre de notre vie politique.»
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Voir Réforme, mode d’emploi »,
Elisabeth Lulin

« La micropolitique, Comment gouverner avec succès », Madsen Pirie

 

L'Etat compétitif



-----------------------SOMMAIRE-----------------------

1. INTRODUCTION

2. LES DOMAINES DE L'ACTION PUBLIQUE ET DU MARCHE
2-1. Le domaine de l'action publique
2-2. Le domaine du marché
2-3. Comment définir la frontière ?

2-3-1. Les métiers de l'Etat
2-3-2. Le principe de subsidiarité
2-3-3. L'Etat contenu dans les limites du Droit
2-4. L'Etat optimum

3. COMMENT FAIRE BOUGER LA FRONTIERE ENTRE LE DOMAINE DE L'ACTION PUBLIQUE ET CELUI DU MARCHE

4. LA NOUVELLE METHODE POUR FAIRE BAISSER LES PRELEVEMENTS OBLIGATOIRES
4-1. Une approche politique
4-1-1. Le contournement
4-1-2. Le désintéressement
4-1-3. L'intéressement
4-2. Une approche économique
4-2-1. Transférer
4-2-2- Concurencer
4-2-3. Imaginer des solutions alternatives à l'action publique
4-2-4. Faciliter les solutions de marché
4-3. Une nouvelle approche de l'action publique
4-3-1. Inverser les rouages de l'action publique : décider autrement
4-3-2. CONTROLER l'action publique
4-3-3. REAMENAGER la fonction publique

5. CONCLUSION PROVISOIRE

---------------------------------------------------


1. INTRODUCTION

 

Le problème clé, celui dont dépend la prospérité et l'emploi des Français est le problème de la compétitivité.

Aujourd'hui, la compétitivité de la France, c'est l'addition de la compétitivité des entreprises et de la compétitivité de l'État.

Pays compétitif = des entreprises compétitives + un Etat compétitif

Dans la compétition économique mondiale, il n'y a pas que les entreprises qui sont en concurrence : il y a aussi les Etats (leurs systèmes juridiques, leur fiscalité et leurs lois, leur administration et leurs systèmes publics, leurs systèmes sociaux et leur éducation...).

Dans la concurrence des entreprises, si une entreprise est trop centralisée, si son siège social est mal géré, si ses effectifs sont trop lourds, si elle disperse ses activités, elle sera sûrement moins compétitive que ses concurrentes.

Dans la concurrence des Etats, si un Etat est trop lourd, trop coûteux, trop centralisé, il constitue un handicap pour la compétitivité globale d'un pays.

Telle est, hélas, la situation de la France.

LE DIFFERENTIEL D'ETATISATION

Dans la compétition économique des années 80, les économistes accordaient une grande importance au "différentiel d'inflation".

Dans la compétition économique aujourd'hui, il nous faut parler de "différentiel d'étatisation'.

Comment mesurer ce différentiel d'étatisation ?

L'indicateur le plus habituel est celui des prélèvements obligatoires.

Non seulement, en France, nos prélèvements obligatoires sont plus lourds que ceux de nos partenaires, mais, de plus, ils se sont accrus plus vite au cours de ces dernières années que chez nos partenaires.

En fait, ce taux de prélèvement obligatoire ne reflète qu'imparfaitement notre niveau d'étatisation.

Pour être plus proche de la réalité, il faudrait y ajouter

le prélèvement obligatoire différé que représente le déficit budgétaire
(dépenses publiques = P.O. + endettement)

le prélèvement obligatoire caché que représente le coût de la sur-réglementation

Si les prélèvements obligatoires sont plus élevés en France que chez nos partenaires, c'est sans doute pour une part parce qu'ils sont pour l'essentiel des prélèvements obligatoires cachés.

Ce qui signifie que lorsqu'un Français produit pour 100 Euros de richesse, près de 50 Euros vont alimenter l'action publique et il ne lui restera que 50 Euros à sa libre disposition.

Cette ligne de partage est donc aussi la frontière des libertés individuelles.

Nous avons un Etat qui, à la fois :

 

fait des métiers qui ne sont pas les siens

fait mal des métiers qui sont les siens, comme la justice ou la police.

Or, le reflux de l'Etat apparaît comme chose extrêmement difficile.

D'une part, parce que les bénéficiaires des interventions de l'Etat sont devenus tellement nombreux qu'il apparaît électoralement suicidaire de restreindre ces interventions.

D'autre part, parce que les contraintes de l'exercice du pouvoir semblent ne laisser que très peu de possibilités d'ajustement.

Or, pourtant, nous avons en France "l'ardente obligation' de rendre l'État plus compétitif et de réduire les prélèvements obligatoires.

C'est pour répondre à cette question politique essentielle que nous avons cherché, au travers d'une observation réaliste des expériences étrangères et des problèmes rencontrés en France, à définir les éléments de base d'une méthode pour rendre l'Etat plus compétitif et réduire les prélèvements obligatoires.

Ainsi, nous avons élaboré dans ce document la démarche fondamentale qui permettra une vraie réforme de l'Etat, et qui repose sur trois éléments :

 

une analyse,

une méthode,

des outils.

2. LES DOMAINES DE L'ACTION PUBLIQUE ET DU MARCHE

 

II existe trois domaines d'activités humaines :

 

dans le premier, les activités sont régulées par la politique et l'administration. Pour simplifier, appelons le DOMAINE DE L'ACTION PUBLIQUE : FAIRE

dans le second, elles sont régulées par le droit, les prix et le calcul économique. Pour simplifiez, appelons-le DOMAINE DU MARCHÉ : LAISSEZ FAIRE (dans le cadre d'une régulation)

dans le troisième, les activités d'intérêt général sont concédées ou délégués par la puissance publique : FAIRE FAIRE

La frontière entre ces domaines est variable selon les pays, selon les époques, selon les circonstances.

Voyons les caractéristiques des deux premiers domaines.

 

2-1. Le domaine de l'action publique

 

Ce domaine a un type d'organisation hiérarchique qui lui est propre, basé sur l'initiative publique, et où les décisions sont prises au terme d'un processus politique et administratif.

Or, le domaine de l'Action Publique n'a cessé, en France, de s'agrandir.

Si l'on veut, demain, inverser la tendance, il nous faut chercher à savoir pourquoi et comment.

Pourquoi et comment le domaine de l'Action Publique n'a cessé de croître ?

Il y a à cela des raisons idéologiques et des raisons mécaniques.

 

Pour des raisons idéologiques diverses :

 

La croyance de type socialiste dans l'inéluctable et nécessaire montée des consommations collectives, dans la nécessaire croissance de l'action publique aux niveaux de la production et de la consommation,

croyance que la production collective est plus efficace,

croyance que l'accroissement des consommations collectives en apparence gratuites (culture, école, santé, équipement), sous l'égide de l'Etat, est le mouvement inéluctable de la société.

L'illusion dirigiste de l'efficacité des solutions planifiées et centralisées, considérée comme bonne réponse à la complexité croissante de nos sociétés.

Pour des raisons "mécaniques"

 

Au-delà des idéologies, il existe dans nos démocraties un certain nombre de mécanismes institutionnels qui poussent au gonflement de l'Etat. Pour mieux comprendre ces mécanismes, il faut se reporter à l'analyse de ce que certains appellent aujourd'hui le marché politique.

L'idée centrale est que, dès lors que l'Etat peut distribuer des faveurs (subventions, privilèges fiscaux, protection...), les gens s'organisent de manière à en tirer le plus grand avantage. Ce phénomène est d'autant plus fort que, sur ce marché politique, chacune des dépenses supplémentaires obtenues par une minorité agissante en faveur de groupes particuliers, ne lèse en apparence personne car sa charge est diffuse, puisqu'elle est supportée par un très grand nombre de consommateurs et de contribuables.

Le fonctionnement d'un système démocratique peut être ainsi comparé à une sorte de "marché" où groupes de pression organisés (syndicats, associations, groupes professionnels) et hommes politiques échangent d'un côté des promesses de soutien politique (votes), de l'autre, des promesses d'avantages économiques ou sociaux de nature légale et réglementaire.

Ainsi, plus un Etat est interventionniste, plus les citoyens ont intérêt, rationnellement, à investir du temps, de l'argent et de l'énergie sur ce marché politique, car les avantages qu'ils peuvent en tirer sont considérables : ainsi, acheter une réglementation protectrice ou une subvention sur le marché politique peut être plus simple et plus profitable que de chercher à vendre ses produits sur le marché économique.

Sur le marché politique, le calcul politique se substitue au calcul économique.

2-2. Le domaine du marché

 

D'Est en Ouest, du Nord au Sud, le marché apparaît aujourd'hui comme le cadre économique le plus efficace de l'activité humaine.

La supériorité du marché réside en ce qu'il est le seul système de coopération sociale et de division du travail qui permette un vrai calcul économique. Le marché, c'est le calcul économique et le droit. Si le socialisme et la planification intégrale sous toutes leurs formes ne sont pas viables, c'est parce qu'il n'y a pas de calcul économique possible là où les biens de production ne sont pas propriété privée et où il n'existe par conséquent pas de prix de marché pour eux.

Prenez l'exemple d'un stylo : même s'il porte une marque française, il est le produit complexe d'une économie mondiale. Son dessin est français, mais il fait appel à la chimie allemande et à l'industrie internationale des colorants. Il intègre les cours de matière première comme l'or, le caoutchouc et le pétrole. II utilise des technologies issues de la culture scientifique mondiale. Qui pourra jamais détailler les machines, les connaissances, les moyens de transports qu'il a fallu mobiliser pour fabriquer tous les élements qui composent ce stylo. Bien sûr, on peut produire aussi un stylo dans une économie planifiée, mais on n'en connaîtra jamais vraiment le coût car, dans ce type d'économie, la monnaie ment, les prix mentent.

Le vrai calcul économique repose sur des prix qui reflètent des valeurs des marché, elles-mêmes fondées sur des droits de propriété.

Le marché n'est jamais parfait, loin de là, mais c'est la meilleure méthode connue pour mobiliser l'information.

Dans une économie de plus en plus complexe et de plus en plus mondialisée, l'acte économique le plus simple repose sur une somme d'informations qu'aucun ordinateur au monde ne saurait incorporer. Le marché est ainsi un processus permanent d'informations interactives, d'exploration, d'essais et d'erreurs.

Un pays est d'autant plus compétitif qu'il fait une large part au marché et au calcul économique.

Les vrais métiers de l'Etat échappent, par nature, au calcul économique, comme par exemple le choix du nombre de policiers qu'il convient d'affecter au commissariat d'Argenteuil. Mais, au-delà, beaucoup d'activités publiques, pour être vraiment compétitives, doivent être soumises en tout ou partie à des mécanismes de marché et au vrai calcul économique.

2-3. Comment définir la frontière ?

 

Pour nous aider à délimiter la frontière entre le domaine de l'action publique et le domaine du marché, nous pouvons utiliser trois approches :

 

Les métiers de l'Etat,

Le principe de subsidiarité,

L'Etat contenu dans les limites du droit.

2-3-1. Les métiers de I'Etat

 

Il existe des métiers qui, par nature, échappent au calcul économique, comme la défense, la diplomatie, la sécurité intérieure et la justice, et qui sont donc de la responsabilité de l'Etat.

Pour le reste, l'Action Publique n'est pas métier de l'Etat, mais intervention de l'Etat, variable selon les circonstances et les époques.

Exemple : La télévision qui, au lendemain de la guerre, apparaissait comme un monopole public.

2-3-2. Le principe de subsidiarité

 

Au-delà de ses métiers, l'intervention de l'Etat doit rester "subsidiaire'.

On semble redécouvrir aujourd'hui le principe de subsidiarité. Beaucoup en parlent. Souvent avec méconnaissance.

Le principe de subsidiarité est tout d'abord un principe de philosophie politique : tout homme est, de par sa nature, appelé à gouverner sa propre personne. Toute autorité extérieure est "subsidiaire", c'est-à-dire ne doit être appelée qu'en renfort de l'autorité que chacun exerce sur lui-même. C'est un principe éthique qui vise à respecter les droits des personnes et des communautés qui les regroupent, leur autonomie, leur liberté et leur responsabilité.

Deux conséquences :

 

Le principe de subsidiarité, c'est d'abord une ligne de partage horizontale entre le domaine de l'Action Publique et le domaine du Marché, entre la puissance publique et la société civile. La puissance publique n'est là que pour apporter son aide subsidiairement aux personnes et aux groupements. II ne doit faire lui-même -ou mieux, "faire faire"- que ce que les individus ne peuvent pas faire eux-mêmes ou ne feraient pas d'eux-mêmes. Ainsi, cette première forme de subsidiarité vise à respecter avant tout les droits des personnes et des communautés qui les regroupent, leur légitime autonomie, leurs libertés et leurs responsabilités.

C'est ensuite un principe d'organisation verticale qui consiste à placer la décision le plus près possible des personnes concernées, aussi longtemps qu'il n'est pas nécessaire de passer à l'échelon supérieur. C'est un principe remontant, qui part de la personne, et non descendant En sens inverse, nous n'avons pas affaire au principe de subsidiarité, mais au principe de la délégation de pouvoir.

2-3-3. L État contenu dans les limites du Droit

 

Il existe une autre façon de borner le domaine de l'Etat : c'est de contenir son action par le Droit.

Si l'État n'est pas contenu par les limites du Droit, dans son pouvoir de faire les lois, ces lois, par le jeu du marché politique et des avantages particuliers qu'il permet de distribuer, sont de nature à porter atteinte aux libertés et aux droits de propriété individuelle. Les politiquement forts exploitent les politiquement faibles.

Aussi est-il nécessaire de contenir l'Action Publique par la forte affirmation des droits et des libertés individuelles assortie de fortes garanties (contrôle constitutionnel, recours individuels sur la constitutionnalité des lois, soumission de l'action de l'Etat au droit commun, extension du domaine des majorités qualifiées...).

Ce débat sur l'Etat de Droit -mieux vaudrait dire "société de Droit"- ("rule of law") à peine esquissé en France, constitue certainement le débat le plus important pour ceux qui sont à la recherche des perfectionnements institutionnels qu'il est aujourd'hui nécessaire d'apporter à la démocratie.

2-4. L'Etat optimum

 

Au-delà de ces quelques principes généraux, nous n'avons pas d'approche idéologique ou de vision théorique pour délimiter la bonne taille de l'Etat.

Ni Etat minimum, cher à ceux qui veulent maximiser la liberté des personnes.

Ni Etat maximum, Etat-providence, pavé de bonnes intentions.

Nous cherchons l'ÉTAT OPTIMUM.

L'État optimum ne se décrète pas, il se découvre à travers un double processus de concurrence externe et interne

 

La concurrence des Etats entre eux

L'ouverture à la concurrence des activités publiques.

 

3. COMMENT FAIRE BOUGER LA FRONTIERE ENTRE LE DOMAINE DE L'ACTION PUBLIQUE ET CELUI DU MARCHE

 

Périodiquement, les gouvernements décident de "moderniser" l'Etat et de réduire les prélèvements obligatoires, sans grand succès. Ce n'est donc plus affaire de volonté, mais affaire de méthode. Les méthodes classiques que l'on utilise à cette fin conduisent à bien des déconvenues.

Les déconvenues des méthodes traditionnelles :

 

Première illusion : la méthode des coupes sombres dans les budgets, dite méthode de la hache.

Cette méthode porte en elle-même une source d'erreur, car elle part du principe que l'on connaît ce qui est bon et ce qui est mauvais.

Elle se heurte aussi à de très forts obstacles politiques, car derrière chaque intervention de l'Etat que l'on veut supprimer, il y a des intérêts, des peurs, et donc des blocages et des résistances :

 

Ou le pouvoir politique désigne une cible précise et provoque une réaction des groupes de pression qui défendent ses intérêts

Ou le pouvoir politique réduit les budgets et laisse l'administration appliquer ces réductions, et celle-ci, le plus souvent, défend ses intérêts et impute les coupes budgétaires à des actions politiquement sensibles.

Ainsi, par exemple, tailler dans les crédits de l'action sociale se traduira quelque temps plus tard, à la télévision, par des images fortes des conséquences de l'abandon de la lutte pour la prévention de la drogue.

Deuxième illusion : gérer l'État comme une entreprise.

L'Etat n'est pas une entreprise. Ce qui caractérise l'entreprise, c'est le calcul économique. Ce qui est la nature même de l'action publique, c'est l'absence de vrai calcul économique.

Périodiquement, de grands défis inspirés des méthodes de gestion à la mode dans le secteur privé, sont lancés dans le secteur public pour tenter de remédier à ses dysfonctionnements :

 

rationalisation des choix budgétaires

opérations "administration à votre service"

projet de "charte des usagers"

programmes de "qualité pour les services publics"

Ces techniques, si elles peuvent être utiles, connaissent nécessairement des limites liées à la nature même de l'administration.

Aussi, nous sommes conduits à proposer une autre méthode.

 

4. LA NOUVELLE METHODE POUR FAIRE BAISSER LES PRELEVEMENTS OBLIGATOIRES

 

Cette méthode se fonde sur un principe :

 

établir, chaque fois qu'on le peut la possibilité d'un vrai calcul économique et sur trois types d'approche :

 

une approche économique

une approche politique

une nouvelle approche de l'action publique

La nouvelle méthode :

ECONOMIQUE
POLITIQUE
PUBLIQUE
1. TRANSFERER
public->privé
1. CONTOURNER
ouvrir des brèches
1. INVERSER LES ROUAGES DE L'ACTION PUBLIQUE
2. CONCURRENCER
ouvrir à la concurrence
2. DESINTERESSER
donnant-donnant
2. CONTROLER L'ACTION PUBLIQUE
3. IMAGINER
des solutions alternatives
3. INTERESSER
offrir-choisir
3. REAMENAGER LA FONCTION PUBLIQUE

 

4-1. Une approche politique

 

Au coeur de cette méthode, il y a d'abord une approche politique. C'est cette approche qui a été développée notamment en Angleterre par le professeur Madsen Pirie.

Vouloir réformer l'Etat, réduire son emprise sur l'économie, diminuer les prélèvements obligatoires, c'est se heurter à un certain nombre de droits considérés comme acquis.

La plupart de ces droits acquis ne sont pas là par hasard. Ils sont le fruit de pressions exercées sur le pouvoir politique et le législateur depuis des années. Ces mêmes pressions ne tomberont pas du jour au lendemain. On peut même dire que, plus ces droits acquis sont arbitraires et contraires au bon fonctionnement d'une économie, plus ils ont de valeur aux yeux de ceux qui ont su se faire reconnaître ce privilège, et plus facile sera la mobilisation pour leur maintien.

Comment vaincre cette opposition, éviter qu'elle ne se traduise par un coût politique élevé pour le gouvernement qui entreprend des réformes ?

Les trois piliers de l'approche politique que nous proposons dans le cadre de cette méthode sont

 

Le contournemen